«Qui a armé le bras d’Ahmed Hanachi ?» – Tribune du 5 octobre 2017

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Le Figaro – 5 octobre 2017
L’assassin qui a poignardé deux jeunes femmes au cri d’« Allah akbar » est, par définition, le coupable. Rien ni personne ne peut excuser l’acte meurtrier qui est le sien. Mais nous serions bien lâches d’en rester là, sans chercher les causes qui n’ont pas permis d’éviter l’horreur terroriste.
Pourquoi le tueur était-il libre de ses mouvements à la gare Saint-Charles dimanche alors qu’il avait été interpellé vendredi à Lyon ? Pourquoi cet individu, ressortissant étranger en situation illégale, connu à de multiples reprises par les services de police pour des faits de délinquance depuis plus de dix ans, n’avait-il toujours pas été expulsé vers son pays d’origine ? L’enquête judiciaire et celle de l’inspection générale de l’administration préciseront l’enchaînement des faits qui ont été rendus publics, jusqu’alors, par la presse.
Mais pour l’essentiel, déjà, la vérité se dévoile. Si l’assassin a frappé à Marseille, c’est parce que l’immigrationnisme l’a permis. C’est un scandale d’Etat.
Jamais la tragédie n’aurait dû surgir si la funeste idéologie de l’ouverture totale n’avait été à l’œuvre.
Cette doctrine considère que l’immigration est, en soi, une chance absolue pour la France; puisque l’immigration est regardée comme toujours positive, non seulement inéluctable mais surtout souhaitable, vouloir l’organiser, la réguler, la maîtriser serait déjà un mal ; vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal des «passions tristes» et des pensées interdites. Les immigrationnistes considèrent dès lors, que la politique doit reculer, car il n’y a pas de place pour le choix : il faut et il suffit d’applaudir au spectacle de la Providence, qui peu à peu gomme la frontière, efface la distinction du national et de l’étranger, et va même jusqu’à nier la différence entre l’illégal et le légal, puisqu’on régularise celui-là pour qu’il devienne celui-ci.
Depuis de trop longues années, cette idéologie imprègne les règles juridiques et les pratiques bureaucratiques relatives à l’entrée et au séjour des étrangers en France. Sous l’influence de jurisprudences européennes, de surcroît souvent surinterprétées à Paris, le législateur a consciencieusement empilé les procédures, pour être à peu près sûr que l’Etat se trouve bien incapable de lutter vraiment contre l’immigration illégale. Les derniers exemples de ce fléau, dûs au quinquennat de François Hollande, sont la loi du 31 décembre 2012 supprimant le délit de séjour irrégulier et celle du 14 mars 2016 systématisant l’intervention du juge des libertés et de la détention au début d’une procédure d’éloignement.
Accablés par un tombereau de contraintes administratives et juridictionnelles, les policiers et les agents des préfectures font ce qu’il leur est possible de faire – c’est-à-dire, hélas, pas grand-chose. Ils sont un peu comme le garçon de café, chez Sartre, qui joue à être un garçon de café : ils s’efforcent d’exister mais ils ne parviennent pas vraiment à être.
Aujourd’hui en France, on compte sans doute un demi-million de clandestins. Le ministère de l’intérieur refuse d’avancer un chiffre mais, il y a une dizaine d’années, il l’estimait entre 200 et 400 000. Le volume s’est nécessairement accentué. Car la machine à fabriquer des clandestins tourne à plein : le système de l’asile a créé, en cinq ans, 276 281 déboutés, dont 90% continuent à rester en France. S’y ajoutent, par milliers, des étrangers qui entrent en France avec un visa Schengen régulier mais s’y maintiennent illégalement. Sur la même période, la régularisation de 151 113 étrangers contribue paradoxalement à augmenter le nombre de clandestins, puisqu’elle alimente le marché des passeurs qui vendent à leurs victimes la perspective, aléatoire mais non nulle, de transformer l’illégal en légal.
Pendant ce temps, les préfets sont parvenus à éloigner 71 069 clandestins hors d’Europe. Mais ce chiffre diminue (moins 16% en 2016). Surtout, les éloignements effectués ne représentent qu’une très faible proportion des décisions prononcées : dans 85% des cas, la procédure échoue, soit empêchée par un juge (tribunal administratif ou juge des libertés et de la détention), soit abandonnée en raison d’une organisation déficiente (les centres de rétention administrative ne comptent qu’environ 1 800 places), soit obstruée par la mauvaise volonté des pays d’origine (refusant de délivrer un laissez-passer consulaire). Pire encore : les expulsions pour motifs d’ordre public sont faites au compte-goutte car l’Etat ne se donne même plus les moyens d’éloigner ceux qui, parmi les étrangers, commettent des actes de délinquance.
Ainsi va l’idéologie immigrationniste, qui domine les faiseurs de mauvaises lois, entrave l’Etat et le prive de sa pleine souveraineté. Là est le scandale, dans la résignation bureaucratique à accepter, au fond, que l’assassin de Marseille ait pu continuer à séjourner si longtemps sur notre territoire. La Marseillaise nous en a avertis : « ils viennent, jusque dans nos bras, égorger nos fils et nos compagnes ». Libérons-nous de cette emprise, vite. Restaurons l’autorité de la République et de la loi. Pour que vive la France. Et pour sauver des vies.
Guillaume Larrivé
Député de l’Yonne

« Inscrire l’assimilation dans la Constitution » – Tribune du 29 décembre 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 29 décembre 2015

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Le débat sur la révision constitutionnelle relative à la déchéance de la nationalité est à l’image du théâtre politico-médiatique : approximatif, répétitif et vindicatif. Les scènes ont été surjouées mille fois par les supposés idéalistes vertueux et leurs opposés réalistes courageux. Seul varie le masque des cabotins. Le chef de l’État se fait, aujourd’hui, le parangon d’un principe qu’il faisait canonner hier, lorsque l’opposition parlementaire osait l’évoquer. Quant à la garde des Sceaux, elle est réduite à sonner les grelots, en baladin disant une chose et, dans la demi-heure, son contraire. Finissons-en avec ce mauvais jeu de rôles.

Qu’envisage le gouvernement? Pas grand-chose. La Constitution autoriserait le Parlement à voter, un jour, une loi prévoyant que des criminels nés français, lorsqu’ils seront condamnés pour des atteintes graves à la vie de la Nation, pourront être déchus de la nationalité française, s’ils en ont déjà une autre. Ce n’est en rien un bouleversement de l’État du droit. Le régime de déchéance actuellement prévu par l’article 25 du Code civil est à la fois plus large (car il s’applique non seulement aux crimes mais aussi aux délits constituant un acte de terrorisme ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation) et plus restreint (puisqu’il ne vise que des Français nés étrangers et ayant acquis la nationalité française depuis moins de quinze ans, et non pas des individus nés français). Mais à cette procédure de déchéance stricto sensu s’ajoute déjà, à l’article 23-7, une autre voie applicable à tout Français, qui perd cette qualité lorsqu’il «se comporte en fait comme le national d’un pays étranger».

Réaffirmer ce qu’est être Français

Si nous révisons la Constitution, faisons-le utilement, pour protéger la France et réaffirmer ce qu’est être Français. C’est pourquoi je soumets à l’Assemblée un amendement insérant, dans la Constitution, un titre consacré à la nationalité française.

Il s’agit, en premier lieu, de constitutionnaliser le principe d’assimilation: «Nul ne peut acquérir la nationalité française s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française.» Ce principe n’a aujourd’hui qu’une valeur législative et une portée limitée. Depuis une ordonnance gaullienne de 1945, il figure à l’article 21-24 du Code civil, comme condition de la seule naturalisation. La loi, depuis lors, en a précisé les critères: «une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l’histoire, de la culture et de la société françaises» et «des droits et devoirs conférés par la nationalité française», ainsi que «l’adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République».

L’inscription du principe d’assimilation dans la Constitution permettra son application à tous les modes d’acquisition de la nationalité française, y compris par l’effet du droit du sol simple, c’est-à-dire la naissance et la résidence en France. Ainsi le droit du sol n’aurait plus de caractère automatique. L’étranger né en France conserverait sa vocation à devenir français mais il ne le deviendrait que s’il en manifeste la volonté et si l’État ne s’y oppose pas. Les causes d’opposition seraient la condamnation à la prison, l’illégalité du séjour et tout autre motif de non-assimilation, comme, par exemple, le port du voile intégral.

Ne nous excusons pas d’être ce que nous sommes

La révision de la Constitution doit permettre, en second lieu, de déchoir tous les Français ayant commis un crime ou délit attentant à la Nation, sauf si cela a pour effet de les rendre apatrides. La rédaction que je propose est bien plus opérationnelle que celle du gouvernement.

La déchéance serait d’effet immédiat et ne nécessiterait pas l’adoption d’une loi prise pour son application. Elle viserait les auteurs d’un crime mais aussi ceux d’un délit, dès lors qu’il s’agit de terrorisme ou d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, ce qui est essentiel pour cibler effectivement les individus partis faire le djihad dans la zone irako-syrienne. Enfin, tous les individus condamnés – ceux qui le seront, mais aussi, rétroactivement, ceux qui l’ont déjà été – feraient l’objet de cette déchéance, qui est l’indispensable préalable à une expulsion du territoire national et à une interdiction définitive de retour.

Ne nous excusons pas d’être ce que nous sommes. Nous sommes les héritiers d’une histoire millénaire, à apprendre et à aimer, celle du sacre de Reims et de la fête de la Fédération, celle des rêves d’empire lointain et des petits bonheurs quotidiens. Nous sommes les dépositaires d’un art de vivre, d’une langue et d’une certaine idée de la civilisation. Nous sommes un État-nation, qui participe à l’Union européenne et qui entend en redevenir un acteur majeur, mais qui veut aussi rester un État indépendant et souverain. Nous sommes une démocratie qui doit agir au nom des citoyens. Nous sommes un État de droit, qui a pour règle de respecter et de faire respecter ses lois. Nous sommes la République française, qui veut décider pour elle-même et n’abandonne pas le projet du bien commun. Nous sommes le peuple français et entendons le rester.

« Révision de la Constitution et état d’urgence : une manoeuvre de triangulation du PS » – Tribune du 22 décembre 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Monde – 22 décembre 2015

 

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Le débat politico-juridique ouvert par le président de la République à Versailles est enveloppé d’un épais brouillard. Tâchons d’y mettre un peu de clarté. L’état d’urgence est, ni plus ni moins, un renforcement temporaire des pouvoirs de police administrative, dans les mains du ministre de l’intérieur et des préfets, sous le contrôle du juge administratif. Il est régi par la loi du 3 avril 1955, modifiée en dernier lieu par la loi du 20 novembre 2015.

Tout démontre que, dans son principe, le régime de l’état d’urgence est conforme à la Constitution. Car c’est l’essence même du droit public à la française que de permettre à l’Etat, dont c’est le métier, de sauvegarder l’ordre public en conciliant cette exigence avec l’exercice des libertés.

C’est ce raisonnement très classique qu’a retenu le Conseil constitutionnel (CC), en 1985, lorsqu’il a jugé que la Constitution de 1958 n’avait pas abrogé le régime de l’état d’urgence. Et il faut préciser que, depuis la révision de 2008, la Constitution mentionne explicitement, à ses articles 42 et 48, la notion d’« état de crise », qui inclut l’état d’urgence. Ce dernier est, au demeurant, compatible avec la Convention européenne des droits de l’homme – qui prévoit une « dérogation en cas d’état d’urgence » –, comme l’a jugé le Conseil d’Etat en 2006.

Il est vrai que, dans sa version issue de la loi de 2015, la loi de 1955 n’a pas été contrôlée in extenso par le CC : personne ne peut affirmer que, dans tous ses éléments, elle est conforme à la Constitution. Mais précisément, c’est le chef de l’Etat qui a choisi de ne pas soumettre la loi au CC, ce qui aurait permis de vider complètement le débat. Il a préféré se lancer dans une révision constitutionnelle hypothétique et hasardeuse, alors même que le CC s’apprête à se prononcer ponctuellement sur certaines mesures d’application de l’état d’urgence, après avoir été saisi au titre d’une question prioritaire de constitutionnalité. Autrement dit, l’Elysée a mis la charrue avant les bœufs.

A quoi peut donc servir, dès lors, ce projet de loi constitutionnelle improvisé, tel qu’il a été transmis par Matignon, pour avis, au Conseil d’Etat ? Il se borne, en réalité, à énoncer les modalités de déclaration et de prolongation de l’état d’urgence en recopiant a minima les dispositions procédurales prévues par la loi de 1955 : cela relève, au mieux, de l’esthétisme juridique et ne consolide en rien, au plan matériel, les mesures d’application de l’état d’urgence.

Le projet de révision envisage en outre, assez bizarrement, de créer un régime dégradé qui, sans être l’état d’urgence, le prolongerait provisoirement et partiellement, lorsqu’il n’y a plus de péril imminent mais qu’il y a quand même un risque de terrorisme pendant, au plus, six mois – comprenne qui pourra ! Les conditions de ce nouveau régime sont si byzantines que l’assemblée générale du Conseil d’Etat a préféré le disjoindre, conseillant ainsi poliment au gouvernement de jeter sa copie à la corbeille.

Au total, le projet de révision ne donne à l’Etat aucun nouveau pouvoir pour mieux protéger les Français et ne crée aucune garantie nouvelle pour mieux assurer l’exercice des libertés.

La seule vraie question est esquissée par l’avis que vient de rendre le Conseil d’Etat : « Si la menace qui est à l’origine de l’état d’urgence devient permanente, c’est alors à des instruments de lutte permanents qu’il faudra recourir en leur donnant, si besoin est, un fondement constitutionnel durable. » Le gouvernement n’y répond en rien.

Pour ma part, je suis convaincu que nous avons besoin d’instruments de police administrative très puissants pour neutraliser pendant plusieurs années, avec constance, les terroristes qui veulent nous détruire. C’est le combat d’une génération. C’est alors l’article 66 de la Constitution qu’il conviendrait d’amender. Le principe resterait que l’autorité judiciaire est la gardienne de la liberté individuelle.

Mais un nouvel alinéa préciserait que, par exception, « le respect en est assuré par la justice administrative lorsque, dans des conditions régies par la loi, des mesures de police administrative sont impérieusement nécessaires afin de protéger la Nation contre une menace grave pour l’ordre public ou la sécurité publique ».

Une telle révision autoriserait durablement des mesures de perquisition, d’assignation, de placement sous surveillance électronique et de rétention. Cela permettrait, en particulier, de ne pas libérer à leur sortie de prison des terroristes déjà condamnés, mais de les placer dans des centres surveillés.

La révision de la Constitution est une affaire trop sérieuse pour être l’objet d’une manœuvre de triangulation, consistant, pour la gauche hollandiste, à faire semblant de parler comme la droite sarkozyste. Sortons du trompe-l’œil. Relevons, sans détour, les défis qui engagent l’avenir de la Nation.

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Guillaume Larrivé est député (LR) de l’Yonne et membre de la commission des lois. Il a été conseiller juridique de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.

« Une refondation sécuritaire est nécessaire » – Entretien du 3 novembre 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 3 novembre 2015

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LE FIGARO. – Les Républicains proposent la création d’un ministère de la Sécurité en intégrant l’administration pénitentiaire et les douanes au ministère de l’Intérieur. A quelles fins ?

Guillaume LARRIVÉ. – La mission des Républicains, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, est d’être le parti des solutions pour les Français. Notre devoir est de gagner à la fois la guerre contre le terrorisme islamiste et les batailles pour la sécurité quotidienne. Pour cela, une refondation sécuritaire est nécessaire, avec de nouveaux instruments juridiques et une nouvelle organisation opérationnelle. Cela passe par la création, place Beauvau, d’un vrai ministère de la sécurité intérieure, pilotant les 147 000 policiers et les 97 000 gendarmes, mais aussi les agents des douanes et les surveillants pénitentiaires. L’administration pénitentiaire doit devenir une force de sécurité intérieure à part entière, au cœur du système de protection des Français. Elle a pour première mission d’exécuter les peines. Et elle doit disposer d’un service spécialisé intégré à la communauté du renseignement.

LF – Xavier Bertrand a proposé de fusionner tout simplement ministère de l’Intérieur et de la Justice. En quoi votre solution est-elle plus efficace ?

GL – Pour que l’Etat de droit soit fort, il faut que chacun assume sa mission sans confusion. L’autorité judiciaire et les forces de l’ordre poursuivent un même objectif de protection de la société. Mais elles relèvent de logiques juridiques et organiques distinctes. L’indépendance de jugement, propre aux magistrats, implique qu’ils n’obéissent pas au ministre de la police.

LF – Comment construire 20 000 places de prison, comme vous le proposez, alors que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy seulement 6000 ont été créées ?

GL – Nous constatons que, depuis 2012, la situation s’est beaucoup dégradée. La sécurité quotidienne des Français a reculé et des terroristes nous ont déclaré la guerre. Plus que jamais, il faut assumer un effort national pour renforcer notre capacité d’action régalienne. Cela nécessitera de faire des choix budgétaires et de définir des priorités. Le parc pénitentiaire en est une. Aujourd’hui, le premier problème n’est pas la surpopulation mais la sous-capacité carcérale. Nous disposons de seulement 57 000 places pour 67 000 détenus, alors qu’il y a 77 000 places en Allemagne et 97 000 au Royaume-Uni. Il est absolument indispensable que les peines, prévues par le législateur et prononcées par l’autorité judiciaire, soient exécutées avec rigueur et certitude. La construction d’au moins 20 000 places supplémentaires permettra d’assurer cette mission. Cet effort est d’autant plus nécessaire que nous voulons mettre fin aux aménagements systématiques des courtes peines de prison et à toutes les réductions automatiques de peine.

LF – Faut-il dès lors supprimer le juge d’application des peines ?

GL – La question reste en débat parmi Les Républicains. Nous l’évoquerons lors d’une prochaine journée de travail, relative à la justice.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Garat

« L’ordre républicain est le rempart de nos libertés » – Tribune du 12 février 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – L’Humanité – 12 février 2015
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L’ordre républicain est le rempart de nos libertés
Comme membre du Conseil d’État hier, et comme député à l’Assemblée nationale aujourd’hui, j’aime relire la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. D’une plume claire et précise, les publicistes de la Révolution française ont su dire l’essentiel. Quel est « le but de toute association politique » ? « La conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme », parmi lesquels : « la sûreté ». Et puisque « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », « l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. » Parmi ces libertés, « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme » ; mais tout citoyen peut devoir « répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
Tout est dit : la sécurité est au cœur même des missions de l’État ; les libertés des uns sont limitées par celles des autres, dans un cadre fixé par le législateur.
Nous n’avons pas à nous excuser, en 2015, de rester fidèles aux principes définis dès 1789. Ils sont d’une parfaite actualité à l’heure où notre pays doit se défendre face aux attentats organisés par l’ennemi qui nous a déclaré la guerre. Cet ennemi, c’est l’islamisme radical armé, qui veut détruire, par la terreur la plus barbare, notre société démocratique. La France est une cible, parce que nous incarnons tout ce que l’ennemi veut abattre : la liberté de pensée, de communication et de contestation, l’égalité entre les femmes et les hommes, la fraternité, la laïcité, et, au fond, un art de vivre, une certaine idée de la civilisation.
Les ennemis de la liberté utilisent la liberté contre elle-même : la liberté d’aller et de venir, la liberté d’expression sont menacées par ceux-là même qui en abusent, ceux qui ont rejoint les théâtres d’opérations djihadistes, ceux qui veulent commettre des attentats sur notre sol national, ceux qui recrutent, endoctrinent, manipulent des esprits faibles en diffusant leur poison dans certaines mosquées, sur les réseaux d’internet et dans les prisons.
Pour protéger ce que nous sommes, notre meilleure arme reste l’État de droit. Il doit être fort ! Si l’Etat de droit est faible, il n’est plus l’État et il n’y a plus de droit. Si l’État de droit démissionne, c’est la jungle djihadiste qui l’emportera.
Loin de réduire nos libertés, nous devons les affirmer et les sauvegarder contre ceux qui, précisément, veulent les détruire.
Il faut, pour cela, appliquer avec rigueur les lois actuelles. Nous ne partons pas de rien. Les services du ministère de l’intérieur et l’autorité judiciaire disposent d’ores et déjà d’un arsenal préventif, mais aussi répressif, très solide – qui a été voté malgré l’opposition ou l’abstention des députés socialistes et communistes de l’époque – issu de la loi Pasqua de 1986, de la loi Debré de 1996 et de la loi Sarkozy de 2006. La droite a été responsable en votant, en décembre 2012 et en novembre 2014, deux lois complétant cet arsenal législatif.
S’il faut amender aujourd’hui cet édifice juridique, ce n’est ni pour céder à l’émotion ni pour se livrer à une triste surenchère. La vérité est que nous devons adapter notre réponse aux mutations technologiques et opérationnelles de la menace islamiste. Oui, nous devons inventer une régulation d’internet pour lutter contre les prêcheurs de haine qui détournent cet espace de liberté. Oui, nous devons donner à nos services de renseignement les moyens administratifs, judiciaires et pratiques permettant de mieux identifier et de mieux cibler les individus qui veulent détruire la France. Oui, nous devons travailler avec nos alliés européens, américains et canadiens pour exploiter intelligemment les données relatives aux passagers aériens.
Il y a urgence. C’est au Parlement qu’il revient, sans plus attendre, de renforcer l’État de droit pour mieux protéger nos libertés. Et vaincre les terroristes qui veulent les anéantir.

« Pour une refondation sécuritaire, pénale et pénitentiaire » – Entretien du 29 octobre 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 29 octobre 2015

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«  Les criminels et les délinquants récidivistes les plus dangereux doivent être enfermés à vie ».

Pour mettre un terme au délitement de la force publique, le député (LR) de l’Yonne prône une refondation sécuritaire, judiciaire et pénale.

Que vous inspirent les événements qui viennent de se produire à Moirans ? Comment expliquez-vous que l’autorité publique puisse être à ce point bafouée ?

L’autorité de l’État est piétinée. Pourquoi ? Parce que le gouvernement se couche, aujourd’hui, face à ceux qui méprisent nos lois, qui défient la police et qui ne craignent pas la justice. A Moirans, une horde a osé brûler 35 voitures et arrêter 125 trains. Ces gens ont parfaitement compris qu’ils n’avaient rien à redouter puisque, deux mois après le blocage de l’autoroute A1 à visage découvert par une soixantaine d’individus, aucun d’entre eux n’a été interpellé. Et ils osent se pavaner en donnant des interviews télévisées pour expliquer qu’ils sont, eux, les victimes de la société ! C’est l’effet Leonarda : quand le pouvoir n’exerce pas le pouvoir, l’espace public est envahi par des crapules, en toute impunité.

Les expressions « zones de non-droit », « territoires perdus de la République » vous semblent-elles décrire correctement la réalité de ce qui se passe sur le terrain ?

C’est la stricte vérité. Des territoires entiers sont désormais régis par la loi de la jungle. Quand l’État de droit est faible, il n’est plus l’État et il n’y a plus de droit. Des centaines de milliers de Français, chaque jour, ont peur d’être agressés par des individus qui agissent en chefs de clans. Des femmes sont violentées par des caïds. Des adolescents sont menacés par des trafiquants de drogue. Des commerçants sont rackettés par des bandes armées. Pendant ce temps, la garde des Sceaux récite des poèmes et le Premier ministre fait semblant de gouverner.

Si la reconquête de ces territoires est nécessaire, est-elle encore possible après tant d’années de renoncement ?

Oui, à condition de faire preuve de sang-froid, d’expérience et de sérieux. Car l’enjeu est immense : il s’agit de rebâtir l’État de droit, du sommet jusqu’à la base. Il ne suffira pas d’abroger les funestes lois pénales de Madame Taubira pour réparer les dégâts causés par l’idéologie socialiste. Il faudra, aussi, tirer les leçons de l’action conduite par la droite lorsqu’elle a exercé le pouvoir, avec ses succès et ses limites. La place Beauvau, notamment, doit être à nouveau dirigée, chaque jour, par un chef respecté, qui précise les missions, fixe des objectifs précis, donne des moyens technologiques et juridiques modernes, reconnaît les efforts de ses troupes et sait les défendre. Nous devrons, dans le même temps, nous appuyer intelligemment sur d’autres acteurs territoriaux : je pense aux maires et aux polices municipales bien sûr, mais aussi aux professionnels de la sécurité privée. Enfin et surtout, nous devrons réussir à mobiliser l’ensemble de l’autorité judiciaire, par un effort sans précédent. Je plaide pour une vraie refondation sécuritaire, pénale et pénitentiaire.

Comment pourriez-vous définir et mettre en œuvre une politique judiciaire, alors que les juges sont indépendants ?

Les 9 000 magistrats, du siège comme du parquet, doivent être respectés et reconnus pour ce qu’ils sont. Ils assument une mission éminente, qui consiste à sauvegarder nos libertés et à protéger notre société. L’indépendance de la justice, ce doit être l’indépendance du jugement, c’est-à-dire l’absence de préjugé et l’exigence de discernement. Cette vertu ne saurait être confondue avec l’existence d’un pseudo-pouvoir qui ne rendrait aucun compte, qui serait livré à lui-même et qui agirait comme un contre-pouvoir politique. La justice s’exerce au nom du peuple français. A cette fin, les juges exercent une autorité déléguée par le Constituant et le législateur. Il est donc indispensable que l’autorité judiciaire applique les choix de la Nation. Les peines doivent être prévues, prononcées, exécutées, avec rigueur et certitude. Ma conviction est que les criminels et les délinquants récidivistes les plus dangereux doivent être et peuvent être définitivement mis hors d’état de nuire en étant enfermés à vie, c’est-à-dire condamnés à la perpétuité réelle.

Vous venez d’effectuer un travail d’investigation dans les prisons. La répression pénale que vous préconisez pourrait-elle être appliquée alors que les prisons sont déjà surpeuplées ?

Le premier problème n’est pas la sur-population mais la sous-capacité carcérale. Il y a aujourd’hui, dans les 187 prisons françaises, 66 864 détenus pour 57 759 places seulement, contre 77 243 places en Allemagne, 77 895 en Espagne et 97 260 au Royaume-Uni. Il est indispensable d’engager, au plus vite, un programme de construction d’au moins 20 000 places de prison supplémentaires. Je plaide, en outre, pour une organisation nouvelle. Je propose que l’administration pénitentiaire relève désormais de l’autorité du ministre de l’intérieur, aux côtés du corps préfectoral, de la police et de la gendarmerie, comme une force de sécurité intérieure à part entière. Cette transformation faciliterait, en particulier, son intégration juridique et opérationnelle à la communauté du renseignement.

A ce sujet, les prisons sont-elles adaptées aux défis du terrorisme islamiste qui cible la France ?

Il y a actuellement 213 individus détenus pour des faits de terrorisme en lien avec l’islamisme. Mais, dans les trois dernières années, 56 terroristes condamnés ont fait l’objet de libération anticipée. Ce n’est pas raisonnable. Il faut, de toute urgence, durcir le quantum des peines et leurs modalités d’exécution. Nous n’avons pas à nous excuser de vouloir enfermer durablement les terroristes qui veulent nous détruire. Et nous devons les incarcérer selon un régime dérogatoire, non seulement pour les séparer des autres détenus, mais aussi pour les isoler les uns des autres. C’est pourquoi j’appelle Christiane Taubira à suspendre son projet de regroupement, en janvier 2016, de 28 détenus terroristes à Lille-Annoeullin : ce serait une folie de créer demain, en prison, les conditions de formation d’un groupe de combat.