« Bruxelles : la facture de nos erreurs » – Tribune du 24 mars 2016

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 24 mars 2016

La somme des défaillances des dirigeants français et européens a concouru aux attentats successifs que nous subissons, explique le député les Républicains de l’Yonne, spécialiste des questions de sécurité et d’immigration.

Bruxelles

En 1940, « beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. » Ces quelques lignes de Marc Bloch dans L’Étrange Défaite sonnent, dans la France de 2016, comme un avertissement. Car la guerre d’aujourd’hui n’a pas plus été pensée que celle d’hier.

Au moins sept erreurs ont été commises.

Première erreur, historique : le déni, c’est-à-dire le refus de voir et de dire la réalité. Le psittacisme du « pas d’amalgame » a empêché les pouvoirs publics de comprendre que des partisans d’un islam politique nous avaient déclaré une guerre totale, avec les moyens de la terreur la plus barbare. À force de nous excuser d’exister (car nous, Français, sommes présumés doublement coupables d’un passé colonial et d’un présent discriminatoire), nos gouvernants ont nié jusqu’à l’existence d’ennemis. Ils se sont vautrés dans l’illusion moelleuse de la paix perpétuelle. Le président de la République a trop longtemps refusé de nommer ce qui était pourtant devenu notre premier ennemi, cette chose qui s’appelle elle-même « l’État islamique ». Il a littéralement fallu des années pour que, à son sommet, l’État commence à entrouvrir les yeux.

Deuxième erreur, stratégique : l’incapacité à choisir intelligemment des alliés, dans la zone irako-syrienne, pour vaincre l’État islamique. Le gouvernement français a eu le grand tort de faire du départ de Bachar el-Assad un préalable à une action décisive contre l’ennemi. Il n’a pas su définir, là-bas, une vraie priorité. À la décharge du président français, il n’a pas été aidé par la clairvoyance de son homologue américain. Barack Obama a tellement théorisé le « leadership from behind » qu’il a réussi à pratiquer le « no leadership, nowhere ». L’Occident a passivement laissé grossir l’État islamique, comme un cancer fulgurant, avant que l’intervention de Vladimir Poutine ne commence à freiner la propagation des métastases.

Troisième erreur, systémique : la naïveté française et européenne face au chaos migratoire. L’absurdité d’un système de libre circulation sans contrôle effectif éclate. La longue illusion d’un contrôle des frontières extérieures de l’Europe se paie chèrement. La difficulté à rétablir des contrôles aux frontières intérieures dignes de ce nom est patente. L’extrême faiblesse des échanges de données sur les flux de personnes circulant en Europe demeure très dangereuse – on le voit, depuis des mois, avec l’incapacité à faire avancer le fichier européen des passagers aériens, dénommé PNR (« passenger name record »), et l’absence d’interconnexion effective des fichiers de police entre pays membres.

Quatrième erreur, idéologique : la résignation face à l’échec de l’assimilation. De renoncements en relâchements, de démissions en compromissions, les pouvoirs publics ont laissé grandir, sur le sol national, des ennemis de l’intérieur. Ils haïssent la France. Ils méprisent les Français. Ils vomissent tout ce que nous chérissons. Ils se sont armés, préparés, organisés. Ils ont recruté et frappé. Et ils n’aspirent qu’à récidiver s’ils ne sont pas, à temps, mis hors d’état de nuire.

Cinquième erreur, pratique : le cloisonnement des dispositifs de renseignement. Nos services restent structurés selon la logique verticale du contre-espionnage, et non pas la logique horizontale du recueil, du partage et de l’analyse de l’information antiterroriste. La loi sur le renseignement votée en 2015 a certes permis de donner aux services de nouveaux instruments technologiques mais elle n’est pas une réponse à des failles organisationnelles qui apparaissent chaque jour plus nettement.

Sixième erreur, juridique autant que politique : la lâcheté face à la délinquance de droit commun, encouragée par le désarmement pénal. Sous le ministère Taubira, le gouvernement n’a pas voulu comprendre que terrorisme et délinquance n’étaient pas deux univers étanches. La vérité est que les terroristes islamistes sont le plus souvent des hybrides, commençant leur funeste carrière comme des racailles de droit commun. Les actions terroristes sont nourries par les trafics de stupéfiants et d’armes, revigorés par une impunité organisée, tant la chaîne pénale et pénitentiaire dysfonctionne. Les peines encourues sont rarement prononcées et plus rarement encore exécutées. Les mécanismes de réduction et d’aménagement de peine relèvent plus de la gestion immobilière d’un parc pénitentiaire sous-doté que d’une politique pénale effective.

Septième erreur, tragique : l’absence de constance dans l’effort. Dépourvu de toute réflexion stratégique, le microcosme politique n’anticipe pas les différentes étapes de la guerre. Il se contente de réagir par intermittence, en fonction des séquences d’émotion. L’effort de guerre n’est pas conduit dans la durée. Après cérémonies d’hommage, minutes de silence et démonstrations compassionnelles, la routine reprend vite le dessus. Dans ce théâtre d’ombres, on croit revoir les silhouettes des théologiens byzantins qui débattaient du sexe des anges au moment de la chute de Constantinople.

Chaque attentat est une bataille perdue qui nous éloigne de la victoire. Trop de temps a été gâché. Si nous voulons vraiment gagner la guerre, il est urgent de ne plus faire semblant.

Réveillons-nous !

Proposition de loi constitutionnelle relative à la nationalité française

logo-AN

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

QUATORZIÈME LÉGISLATURE

 PROPOSITION DE LOI CONSTITUTIONNELLE

 relative à la nationalité française

 présentée par

M. Guillaume Larrivé, député

 

EXPOSE DES MOTIFS

Protéger notre Nation : c’est la responsabilité première de tous ceux qui, au Gouvernement comme au Parlement, ont la charge de l’État.

Alors que notre pays a été attaqué par des terroristes islamistes, il nous appartient de réaffirmer, sans crainte ni faiblesse, ce qu’est la France et ce qu’est être français.

Nous n’avons pas à nous excuser d’être ce que nous sommes. Nous pouvons en être fiers. Nous sommes les héritiers d’une histoire millénaire, à apprendre et à aimer. Nous sommes les dépositaires d’un art de vivre, d’une langue et, au fond, d’une certaine idée de la civilisation. Nous sommes un État-nation, qui participe à l’Union européenne et qui entend en demeurer un acteur majeur, mais qui veut aussi rester un État indépendant et souverain. Nous sommes une démocratie, qui doit agir au nom des citoyens. Nous sommes un État de droit, qui a pour règle de respecter et de faire respecter ses lois. Nous sommes la République française, qui veut décider pour elle-même et n’abandonne pas le projet du bien commun. Nous sommes le peuple français et entendons le rester.

Aussi cette proposition de loi constitutionnelle propose-elle d’insérer dans la Constitution un titre consacré à la nationalité française, ayant deux objets.

Il s’agit, d’une part, d’inscrire dans la Constitution le principe d’assimilation, en disposant que « Nul ne peut acquérir la nationalité française s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française. ». Ce principe figure aujourd’hui à l’article 21-24 du code civil, dans sa rédaction issue de l’ordonnance du 19 octobre 1945, comme condition de la naturalisation (« Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l’histoire, de la culture et de la société françaises, (…) et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l’adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République.. »). Son inscription dans la Constitution permettra son application à l’ensemble des modes d’acquisition de la nationalité française, actuellement régis par les dispositions du chapitre III du titre Ier bis du livre Ier du code civil (y compris l’acquisition par l’effet du droit du sol simple, c’est-à-dire par la naissance et la résidence en France).

Il convient, d’autre part, de déchoir de la nationalité française les Français ayant commis un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. La rédaction proposée par la présente proposition de loi constitutionnelle diffère de celle envisagée par le projet de loi constitutionnelle n°3381, pour trois raisons.

En premier lieu, elle ne distingue aucunement entre les Français, qu’ils soient nés Français ou qu’ils le soient devenus, et qu’ils détiennent ou non une autre nationalité. Cela ne signifie pas, néanmoins, que la France s’autoriserait à créer des apatrides. L’interdiction de créer des apatrides est prévue, d’une part par la convention du 30 août 1961 sur la réduction des cas d’apatridie, d’autre part par la convention européenne sur la nationalité du 6 novembre 1997. Même s’ils n’ont pas été ratifiés, ces textes doivent être appliqués – en vertu de la règle Pacta sunt servanda – dès lors qu’ils ont été signés par la France. Mais il s’agit d’une stipulation de droit international ; il ne s’agit pas et, selon nous, il ne doit pas nécessairement s’agir d’une disposition constitutionnelle.

La déchéance, en deuxième lieu, s’appliquera à tous les Français auteurs d’un crime mais aussi à ceux d’un délit dès lors qu’il s’agit de terrorisme ou d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, régis par les titres Ier et II du livre IV du code pénal.

Enfin, tous les individus condamnés – ceux qui l’ont déjà été comme ceux qui le seront – feront l’objet de cette déchéance, qui est l’indispensable préalable à une expulsion du territoire national et à une interdiction définitive de retour.

 

PROPOSITION DE LOI CONSTITUTIONNELLE

 

Article unique

Après le titre V de la Constitution, il est inséré un titre V bis ainsi rédigé :

« Titre V bis – De la nationalité française.

Art. 51-3 – Nul ne peut acquérir la nationalité française s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française.

Art. 51-4 – Les Français ayant commis un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation sont déchus de la nationalité française. »

 

 

« Inscrire l’assimilation dans la Constitution » – Tribune du 29 décembre 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 29 décembre 2015

TribuneFigaroAssimilation

Le débat sur la révision constitutionnelle relative à la déchéance de la nationalité est à l’image du théâtre politico-médiatique : approximatif, répétitif et vindicatif. Les scènes ont été surjouées mille fois par les supposés idéalistes vertueux et leurs opposés réalistes courageux. Seul varie le masque des cabotins. Le chef de l’État se fait, aujourd’hui, le parangon d’un principe qu’il faisait canonner hier, lorsque l’opposition parlementaire osait l’évoquer. Quant à la garde des Sceaux, elle est réduite à sonner les grelots, en baladin disant une chose et, dans la demi-heure, son contraire. Finissons-en avec ce mauvais jeu de rôles.

Qu’envisage le gouvernement? Pas grand-chose. La Constitution autoriserait le Parlement à voter, un jour, une loi prévoyant que des criminels nés français, lorsqu’ils seront condamnés pour des atteintes graves à la vie de la Nation, pourront être déchus de la nationalité française, s’ils en ont déjà une autre. Ce n’est en rien un bouleversement de l’État du droit. Le régime de déchéance actuellement prévu par l’article 25 du Code civil est à la fois plus large (car il s’applique non seulement aux crimes mais aussi aux délits constituant un acte de terrorisme ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation) et plus restreint (puisqu’il ne vise que des Français nés étrangers et ayant acquis la nationalité française depuis moins de quinze ans, et non pas des individus nés français). Mais à cette procédure de déchéance stricto sensu s’ajoute déjà, à l’article 23-7, une autre voie applicable à tout Français, qui perd cette qualité lorsqu’il «se comporte en fait comme le national d’un pays étranger».

Réaffirmer ce qu’est être Français

Si nous révisons la Constitution, faisons-le utilement, pour protéger la France et réaffirmer ce qu’est être Français. C’est pourquoi je soumets à l’Assemblée un amendement insérant, dans la Constitution, un titre consacré à la nationalité française.

Il s’agit, en premier lieu, de constitutionnaliser le principe d’assimilation: «Nul ne peut acquérir la nationalité française s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française.» Ce principe n’a aujourd’hui qu’une valeur législative et une portée limitée. Depuis une ordonnance gaullienne de 1945, il figure à l’article 21-24 du Code civil, comme condition de la seule naturalisation. La loi, depuis lors, en a précisé les critères: «une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l’histoire, de la culture et de la société françaises» et «des droits et devoirs conférés par la nationalité française», ainsi que «l’adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République».

L’inscription du principe d’assimilation dans la Constitution permettra son application à tous les modes d’acquisition de la nationalité française, y compris par l’effet du droit du sol simple, c’est-à-dire la naissance et la résidence en France. Ainsi le droit du sol n’aurait plus de caractère automatique. L’étranger né en France conserverait sa vocation à devenir français mais il ne le deviendrait que s’il en manifeste la volonté et si l’État ne s’y oppose pas. Les causes d’opposition seraient la condamnation à la prison, l’illégalité du séjour et tout autre motif de non-assimilation, comme, par exemple, le port du voile intégral.

Ne nous excusons pas d’être ce que nous sommes

La révision de la Constitution doit permettre, en second lieu, de déchoir tous les Français ayant commis un crime ou délit attentant à la Nation, sauf si cela a pour effet de les rendre apatrides. La rédaction que je propose est bien plus opérationnelle que celle du gouvernement.

La déchéance serait d’effet immédiat et ne nécessiterait pas l’adoption d’une loi prise pour son application. Elle viserait les auteurs d’un crime mais aussi ceux d’un délit, dès lors qu’il s’agit de terrorisme ou d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, ce qui est essentiel pour cibler effectivement les individus partis faire le djihad dans la zone irako-syrienne. Enfin, tous les individus condamnés – ceux qui le seront, mais aussi, rétroactivement, ceux qui l’ont déjà été – feraient l’objet de cette déchéance, qui est l’indispensable préalable à une expulsion du territoire national et à une interdiction définitive de retour.

Ne nous excusons pas d’être ce que nous sommes. Nous sommes les héritiers d’une histoire millénaire, à apprendre et à aimer, celle du sacre de Reims et de la fête de la Fédération, celle des rêves d’empire lointain et des petits bonheurs quotidiens. Nous sommes les dépositaires d’un art de vivre, d’une langue et d’une certaine idée de la civilisation. Nous sommes un État-nation, qui participe à l’Union européenne et qui entend en redevenir un acteur majeur, mais qui veut aussi rester un État indépendant et souverain. Nous sommes une démocratie qui doit agir au nom des citoyens. Nous sommes un État de droit, qui a pour règle de respecter et de faire respecter ses lois. Nous sommes la République française, qui veut décider pour elle-même et n’abandonne pas le projet du bien commun. Nous sommes le peuple français et entendons le rester.

« Pourquoi il faut réformer le droit du sol » – Tribune du 29 octobre 2013

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 29 octobre 2013

TribuneDroitSol

Pourquoi il faut réformer le droit du sol

Qu’est-ce qu’être français ? C’est appartenir à la Nation française – et c’est donc en avoir la nationalité, qui est « un lien politique entre l’Etat et un individu, qui donne à celui-ci la qualité de membre de la population constitutive de l’Etat », a rappelé voici vingt-cinq ans, en 1988, le rapport de la Commission de la nationalité présidée par M. Marceau Long, alors vice-président du Conseil d’Etat.

Quels en sont les critères ? C’est à la représentation nationale d’en décider souverainement, dans le respect de la Constitution de notre République. Notre droit actuel prévoit, d’une part, que sont Français dès la naissance : l’enfant né d’un père ou d’une mère français (droit du sang), comme l’enfant né en France de parents étrangers lorsque l’un au moins de ses parents est lui-même né en France (double droit du sol). D’autre part, l’acquisition de la nationalité française après la naissance peut revêtir trois formes distinctes : elle peut être acquise de plein droit, du fait de la réunion de conditions objectives, comme c’est le cas pour le droit du sol simple, qui permet à l’enfant né en France de parents étrangers de devenir Français à sa majorité au plus tard ; elle peut encore être acquise par une manifestation de volonté, sous la forme d’une déclaration de nationalité qui peut être souscrite par l’étranger remplissant certaines conditions objectives (le mariage avec un Français par exemple) ; elle peut enfin être acquise par décision discrétionnaire de l’autorité publique, sur demande de l’intéressé : c’est la naturalisation ou la réintégration par décret du gouvernement.

Ces différences procédurales existent ex ante. Mais elles n’ont évidemment pas d’effet, ex post, sur les droits qui s’attachent à la nationalité : tous les Français sont égaux, puisque la France est une République qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine », ainsi que l’affirme l’article 1er de la Constitution.

Nous sommes convaincus que le moment est venu de préciser, par la loi, les conditions du droit du sol simple, c’est-à-dire de l’acquisition de la nationalité française par des personnes nées étrangères en France de parents étrangers. C’est aujourd’hui un droit automatique qui repose, au fond, sur l’idée que le fait de naître et de vivre quelques années en France suffit pour devenir français, c’est-à-dire être assimilé à la communauté nationale, sans que cette assimilation ait à être validée par une décision des autorités de la République.

Ainsi, tous les enfants nés en France deviennent français à leur majorité, à la seule condition qu’ils habitent en France et y aient résidé cinq ans. Le code civil prévoit, en outre, que l’accès à la nationalité française peut être anticipé, à la demande du jeune étranger, entre seize et dix-huit ans, ou à celle de l’un de ses parents, dès treize ans. Ce sont environ 26 000 jeunes étrangers qui deviennent ainsi français chaque année.

Cet état du droit n’est pas satisfaisant, pour quatre raisons :

  1. il s’adresse de la même manière aux étrangers qui respectent les lois sur l’entrée et le séjour et à ceux qui, au contraire, viennent ou se maintiennent illégalement en France, comme si cette clandestinité ne devait avoir aucune incidence sur l’accès à la nationalité française ; se trouvent ainsi en France des clandestins dont les enfants deviennent français, ce qui est un puissant facteur d’encouragement à l’immigration illégale ;
  2. il a pour effet que deviennent français, à leur majorité, des jeunes gens qui n’en ont jamais manifesté la volonté (même s’il leur est possible de décliner la qualité de Français, dans les six mois qui précèdent leur majorité ou dans les douze mois qui la suivent) ;
  3. il ne permet pas à la République de refuser l’accès à la nationalité française à des personnes qui, certes sont nées et habitent en France, mais qui ne sont, hélas, manifestement pas assimilées à la communauté française ;
  4. il ne permet pas plus à la République de refuser l’accès à la nationalité française à des individus ayant commis des actes de délinquance pour lesquels ils ont été condamnés à des peines de prison.

Il est nécessaire de légiférer pour lever ces difficultés. Que faire ? Je propose quatre évolutions simples et claires.

D’abord, le bénéfice du droit du sol doit être toujours subordonné à une manifestation de volonté.

Ensuite, il faut donner à l’autorité publique la possibilité de s’opposer à l’acquisition de la nationalité française, par l’effet du droit du sol, d’un étranger qui n’est manifestement pas assimilé à la communauté française (cette assimilation étant acquise par la connaissance suffisante de la langue, de l’histoire, de la culture et de la société françaises, des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l’adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République). L’assimilation restera ainsi présumée (à la différence du régime de la naturalisation) mais l’État aura la possibilité d’apporter la preuve de la non-assimilation et de s’opposer ainsi à l’acquisition de la nationalité par le droit du sol.

Il convient, de même, de supprimer le bénéfice du droit du sol pour les étrangers en situation illégale, en conditionnant l’acquisition de la nationalité française des enfants nés en France de parents étrangers à la régularité du séjour de l’un des parents au regard de la réglementation de l’entrée et du séjour des étrangers. Puisque les ressortissants étrangers n’ont, en vertu de la jurisprudence constitutionnelle, « aucun droit absolu à entrer et à demeurer sur le territoire national », ils n’ont, a fortiori, aucun droit absolu à devenir français. La différence de situation qui existe entre les étrangers en situation illégale et les étrangers en situation régulière justifie pleinement la réforme proposée.

Enfin, il faut exclure les délinquants, condamnés à une peine d’au moins six mois de prison, du bénéfice du droit du sol.

Notre République doit confirmer que les étrangers nés en France de parents étrangers ont vocation à devenir français. Mais cette voie d’accès à la nationalité française ne doit plus être ouverte à ceux qui, par leur comportement, méconnaissent le pacte républicain et, en vérité, refusent eux-mêmes de rejoindre notre communauté nationale.

« Demain, la guerre civile ? » – Tribune du 14 mars 2013

Tribune de Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 14 mars 2013

TribuneGuerreCivileLe but de la société politique, c’est la paix civile. Il serait illusoire de la croire acquise à jamais. Car la France souffre aujourd’hui de trois maux d’une extrême gravité.

La première menace est celle d’un effondrement économique. La richesse nationale est accaparée par les dépenses publiques, qui s’élèvent désormais à 56% du PIB : toute la valeur créée par les entreprises pendant 204 jours, du 1er janvier au 23 juillet, est redistribuée par l’État, la sécurité sociale et les collectivités locales. Pour continuer à financer cette redistribution vorace (supérieure de 11 points de PIB à celle de l’Allemagne), la France est devenue le vice-champion du monde des prélèvements obligatoires. Notre pays est dévoré par la passion de l’égalité, qui nourrit la créativité et l’instabilité fiscales. La majorité de l’Assemblée nationale ne craint pas d’approuver la spoliation de certains de nos concitoyens, les condamnant à une sorte de bannissement social. Et lorsque le Conseil constitutionnel censure la folie taxatrice, le chef de l’État ne trouve rien de plus urgent que de persévérer. L’aphorisme des shadoks (« plus cela rate, plus cela a une chance de réussir ») vaut instruction à Bercy. De mois en mois, la France, homme malade d’une Europe en déclin, s’enfonce dans la croissance zéro et le chômage de masse. L’appauvrissement des Français devient, hélas, une réalité.

Le deuxième mal français est d’une autre nature : la radicalisation communautariste. La communauté nationale d’hier (« j’ai les mêmes devoirs et les mêmes droits que les autres citoyens français ») cède la place aux communautés spéciales d’aujourd’hui (« j’exige tous les droits parce que je suis différent »). Cette régression prépare l’extinction des Lumières. Elle alimente les revendications de minorités que le gouvernement du moment s’empresse de satisfaire, au nom d’un progressisme dévoyé qui glorifie les particularités. Ce faisant, l’Etat se soumet à de nouveaux cléricalismes. Ainsi, le président de la République publie un communiqué fêtant l’Aïd al Adha, mais il s’interdit de le faire à Noël, tant la haine de soi va de pair avec l’acceptation du communautarisme. La même logique est à l’œuvre lorsque les socialistes, en jouant avec l’idée du droit de vote des étrangers, semblent souhaiter que des communautés littéralement extérieures à la nation puissent pourtant participer, demain, à la délibération et la décision politiques.

Le troisième des maux dont souffre la France est le plus préoccupant : l’impuissance publique. Elle gangrène tous les lieux de pouvoir, de la base au sommet. Cette impuissance est subie par les élus des petites collectivités locales et les agents territoriaux de l’État, accablés par le poids des normes bureaucratiques et empêtrés dans une organisation administrative multipliant les lieux d’indécision. Mais cette même impuissance publique paraît presque choisie, à la tête de l’État, dans les mains d’un homme aux synthèses incertaines. Les palinodies partisanes rythment le quotidien de l’agenda gouvernemental, qui tire à hue et à dia, ici pour complaire aux Verts, là pour satisfaire les différents courants du PS. « Ni pour, ni contre, bien au contraire ! » est le mot d’ordre de l’exécutif, sur des questions de première importance : on l’a vu hier à propos des nationalisations dans l’industrie, on le constate aujourd’hui avec le débat sur la procréation médicalement assistée pour les couples de même sexe.

Mais il y a bien pire que ces hésitations, ces flottements, ces renoncements. Dans son cœur régalien, le pouvoir est veule. L’allure pragmatique du ministre de l’intérieur est un leurre qui ne masquera pas longtemps la faiblesse générale des pouvoirs publics face aux criminels et aux délinquants. La mobilisation déterminée des policiers et des gendarmes se heurte à tant d’obstacles. L’autorité judiciaire, malgré la valeur professionnelle de nombreux magistrats, ne parvient pas à réprimer et à dissuader les atteintes aux personnes, qui augmentent continûment. Le code pénal est parfois un sabre de bois. Et l’éducation nationale, en dépit du dévouement des professeurs, fait le lit d’une certaine délinquance lorsqu’elle échoue à donner à des centaines de milliers de jeunes gens une formation utile à leur insertion professionnelle.

Pendant ce temps, la classe politique se complaît trop souvent dans des querelles subalternes. Le petit théâtre des ombres, sur les plateaux de télévision, joue une pièce médiocre.

Qui parcourt la France, dans les villes, les banlieues comme les campagnes, perçoit les ferments de la désespérance. La conjonction de l’effondrement économique, de la radicalisation communautariste et de l’impuissance publique peut être le terreau d’une nouvelle violence, qui ne serait sans doute pas une guerre civile, mais qui ne serait plus la paix civile. Les émeutes de l’automne 2005, trop vite oubliées, en sont peut-être le premier acte. Un élément menace de s’y ajouter : l’importation, en France, d’une ultra-violence terroriste, qui serait le fait de nouveaux Merah entraînés à nos portes.

François Hollande, hier candidat à la fonction politique suprême, promettait de réenchanter le rêve français. Sa présidence somnolente, aujourd’hui, pourrait précipiter la France dans un triste cauchemar. Il est grand temps de se réveiller, en proposant aux Français un chemin de courage.

C’est la responsabilité de l’opposition que d’y préparer lucidement notre pays.

« Il faut une rupture totale » – Interview du 20 juillet 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 20 juillet 2015

ItwFigaroJuillet2015

Le député de l’Yonne Guillaume Larrivé défendra lundi soir, au nom du groupe parlementaire Les Républicains, une motion de rejet préalable du texte. Il présentera par ailleurs, en tant qu’orateur du groupe et en son nom, de nombreux amendements.

LE FIGARO – Vous allez présenter une soixantaine d’amendements à ce texte…

Guillaume Larrivé – Je n’accepte pas qu’un vrai débat sur l’immigration soit interdit en France. La gauche française reste adepte d’un immigrationnisme faussement généreux, totalement coupé des réalités. La France de 2015 est traversée par de graves tensions : le marché du travail est bloqué, les finances publiques sont au bord du gouffre, le système éducatif est en panne, l’ascenseur social est arrêté, la sécurité est menacée et le sentiment national est devenu très incertain. De ce profond malaise national, l’immigration massive n’est pas la seule responsable. Mais ce qui serait irresponsable, c’est de continuer à augmenter l’immigration ! Le chaos migratoire produit le désespoir. Je propose une rupture totale : la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir et qui elle souhaite refuser sur son territoire. De toute urgence, il faut diminuer l’immigration et s’en donner vraiment les moyens.

Le gouvernement veut instaurer des cartes de séjour pouvant aller jusqu’à cinq ans. Que proposez-vous ?

Le contraire ! Je propose une politique de réduction de l’immigration. La première rupture consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Il faut que, chaque année, l’Assemblée nationale puisse définir le nombre d’étrangers admis à s’installer France, pour toutes les catégories de séjour à l’exception des réfugiés politiques. Ainsi, le regroupement familial devra être soumis à un plafond annuel : si le plafond est dépassé, la demande sera reportée à l’année suivante.

Deuxième rupture : avant d’obtenir un visa pour la France, les candidats à l’immigration devront justifier, à leurs frais, dans leur pays d’origine, de leur bonne connaissance de la langue française, de leur adhésion aux valeurs de la société française, mais aussi d’une capacité à exercer une profession ou à assumer leur autonomie financière.

Troisième rupture : il faut restreindre les prestations sociales versées aux étrangers. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir la même assurance sociale. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose de supprimer l’accès aux allocations familiales et au logement avant cinq années de résidence légale en France.

Que pensez-vous du remplacement de la rétention administrative par une assignation à résidence ?

La naïveté des socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des 500 000 clandestins installés en France ! Au contraire, je défendrai un amendement pour que la rétention administrative passe de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne et de 60 jours en Espagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Le débat sur le droit du sol a été relancé. Les Républicains semblent partagés sur cette question.

N’ayons pas peur des idées nouvelles, comme Nicolas Sarkozy nous y invite. Je propose de passer du « droit du sol » au « devoir du sol ». L’étranger né en France ne deviendra plus automatiquement Français. Il devra affirmer sa volonté de le devenir. Et la République pourra refuser d’accorder la nationalité française à l’étranger qui n’est pas assimilé à la communauté nationale. Ceux qui ne respectent pas les lois et les valeurs de la République n’ont pas à devenir français.

« Hervé Gaymard, la France et nous » – Tribune du 20 octobre 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – L’Opinion – 20 octobre 2015

HG

Jacques Bainville nous en a avertis : « L’histoire recueille en général plus de récriminations que d’éloges. Presque toujours on s’est plaint. Presque toujours les gens ont trouvé que les choses allaient mal.». Mais le lamento lui est étranger. Car si la France est « souvent menacée dans son être », « elle ne tarde pas à renaître à l’ordre et à l’autorité dont elle a le goût naturel et l’instinct… ». Et de conclure sa magistrale Histoire de France, en 1924, par un optimisme raisonnable : « si l’on n’avait pas cette confiance, ce ne serait même pas la peine d’avoir des enfants. » L’appétit de vie et l’amour des siens sont un puissant antidote au renoncement.

Près d’un siècle après, il y a plus qu’un écho de Bainville dans les Bonheurs et Grandeur d’Hervé Gaymard. C’est, d’abord, l’œuvre d’un esprit sûr, nourri d’une culture classique, capable d’admirer, apte à voir large, clair et haut. C’est, aussi, le livre d’un homme façonné par l’expérience de l’État, patiné par l’action publique, situé ici et maintenant. C’est, plus encore, le regard d’un amoureux de la France, qui nous invite à partager quelques journées où les Français ont été heureux.

En treize tableaux, Hervé Gaymard peint quatre siècles d’une histoire positive de la France. Dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, il ne tait rien des malheurs français. Il saisit « le grand corps blessé qui tâtonne dans l’obscurité », assailli par l’étranger, fracassé par les guerres, miné par les dettes, meurtri par les vertiges de l’autodestruction. Il ne nie pas les tristes heures. Mais toujours, dans le noir, il voit poindre une lumière mordorée.

Les lansquenets de 1590 ravagent « le pauvre pays » ? Bientôt, Henri IV va entrer dans Paris. Le couchant du Roi-Soleil sème la famine et la mort ? Avec Louis XV, les Français se plaisent à espérer une nouvelle prospérité. La Révolution est entachée par la Terreur ? Elle est aussi un moment de l’unité nationale, scellée avec la Fête de la fédération.

A l’échelle des temps, les jours de bonheur sont à peine plus que des instants. « Les Français peuvent croire au bonheur, même s’il sera de trop courte durée. C’est à cela qu’on le reconnaît.». Ainsi la paix d’Amiens s’essouffle en dix-huit mois, courte trêve égarée parmi vingt années de fer et de feu : la gloire de l’Empire a un goût de cendre.

Pour Hervé Gaymard, ces cahots de l’Histoire ne sont pas chaotiques. Il regarde chaque siècle français avec sa part de vérité, sa couleur, et peut-être son sens.

Il est très à l’aise lorsqu’il visite le XIXème, célébrant l’alliance féconde de l’État, de la science et des lettres, épaté par les merveilles progressistes de l’Exposition universelle et troublé par les funérailles priapiques de Victor Hugo.

On le suit, plus encore, dans les sept chapitres qui composent son XXème siècle. C’est le cœur du livre, là où les bonheurs français tutoient vraiment la grandeur de la France. Le défilé de la Victoire dessine un condensé de l’histoire nationale, comme une fête en larmes : la souffrance et le soulagement se partagent, à parts égales, dans la chair et l’âme des survivants. L’histoire de nos pauvres vies, c’est aussi l’Histoire de notre grand pays. Son écriture est l’œuvre commune des Français anonymes qui font de leur mieux, et des hautes figures qui surgissent, parfois, comme une surprise du destin national. A cet égard, les très belles pages qu’Hervé Gaymard consacre à Charles de Gaulle doivent être lues pour ce qu’elles sont – non pas la trace d’une nostalgie, mais le sillon d’une envie.

La politique est nécessaire, parce que l’Histoire de France n’est pas finie. Le bonheur français reste à écrire.