« Le marinisme est un néocommunisme antinational » – Tribune du 28 janvier 2016

Tribune de Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 28 janvier 2016

VAMarinisme.jpgQu’est-ce que le marinisme ? Ce n’est pas le lepénisme originel, qui était d’abord un style fanfaron, bambocheur et bravache. Lire le projet du Front national de 2016 est édifiant, tant Marine Le Pen y apparaît pour ce qu’elle est : non pas l’héritière de son père, mais plutôt celle de feu Georges Marchais. Elle se plaît, en effet, à recycler de vieilles marottes aussi rouges que ruineuses. Le protectionnisme le plus anti-libéral y côtoie une addiction toxique à la dépense publique, matinée d’un petit air de lutte des classes, comme si le programme de la place du Colonel-Fabien avait été décongelé.

Le protectionnisme ? Prôner le retour aux droits de douanes nationaux repose sur une étrange inconscience. C’est oublier cette vérité évidente que le commerce international marche dans les deux sens et que les représailles seraient immédiates. La viticulture, l’industrie du luxe et l’aéronautique françaises n’exporteraient plus rien en Chine et au Japon si l’on décidait de ne plus importer d’électronique asiatique. Ce choix protectionniste serait d’autant plus absurde que les emplois sauvés à court terme dans les industries protégées seraient détruits ailleurs, dans des secteurs devant payer plus cher leurs consommations intermédiaires. Les gains pour les producteurs et les salariés des branches protégées devraient être comparés aux pertes des consommateurs.

L’addiction mariniste à la dépense publique, elle, relève de la pensée magique, comme si l’argent public était une ressource illimitée dans un pays qui redistribue déjà 57% de son PIB et doit rembourser une dette publique tangentant les 100% de la production nationale. Ceci n’empêche pas les frontistes de prôner l’augmentation des pensions, pour un coût annuel que l’Institut Montaigne évalue à quelque 14 milliards d’euros par an. Peut-être imagine-t-on qu’il suffirait de rétablir le franc pour financer toutes ces nouvelles dépenses sociales ? Hyper-inflation, anéantissement de l’épargne des ménages, fragilisation du système bancaire et explosion de la dette réelle : la sortie de l’euro serait chèrement payée par tous les Français.

Marine Le Pen continue, pourtant, à prendre la pose du défenseur des “petits” contre les “gros”. Sa logorrhée définit une nouvelle lutte des classes, où les grandes entreprises doivent être punies d’exister, de créer, d’exporter. Elle estime, ainsi, que les 50 capitalisations boursières les plus importantes du pays devraient affecter 15% de leur résultat à une « réserve spéciale de réindustrialisation » pendant cinq ans avant un éventuel remboursement. Autrement dit, la bureaucratie frontiste déciderait directement d’une partie de l’affectation des résultats et des choix d’investissement. A quand le ministère du Gosplan ?

La fine équipe marino-philippotesque n’a, semble-t-il, absolument rien vu et rien compris des pépites économiques des années 2010. Tesla, Google ou Facebook ne sont en rien la conséquence d’une politique industrielle décrétée par quelques hauts fonctionnaires sur un coin de table. Il ont grandi dans un contexte favorable à la valorisation des idées nouvelles et à la prise de risque par les investisseurs privés.

Parce qu’il est un néo-communisme régressif, le marinisme est anti-national : il est à mille lieues des besoins de notre pays. Si nous aimons vraiment la France, nous devons en finir avec les chimères de l’économie administrée, faussement protectrice d’emplois et réellement destructrice de richesses. A nous, la droite, d’inventer, enfin, un chemin de conquête, en cultivant l’intelligence du capital humain et en faisant confiance à l’esprit de liberté.

« Je propose un plan de retour volontaire » – Entretien du 20 juillet 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 20 juillet 2015VA

Droit des étrangers. Le projet de loi portant sur les droits des étrangers entre en discussion ce lundi à l’Assemblée nationale. Pour Guillaume Larrivé, l’orateur des Républicains dans l’hémicycle, « Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. » Entretien.

VA. Le gouvernement cherche-t-il à cacher son projet, en décidant d’inscrire ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale à la fin du mois de juillet, juste avant les vacances ?

Guillaume Larrivé. Ce n’est pas le problème principal. L’Assemblée nationale siège en session extraordinaire. Les députés ont le devoir de travailler. Ceux qui sont déjà en vacances assument-ils vraiment le mandat qui leur a été confié par le peuple français ?

Notre mission, c’est de combattre les socialistes dans l’Hémicycle, pas de faire des pâtés de sable au bord de la mer !

Il est tout à fait possible de débattre d’un projet de loi au mois de juillet et de prendre quelques jours de vacances au mois d’août. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le gouvernement profite de la faiblesse parlementaire pour essayer de faire adopter son texte en catimini.

VA. Sur quoi vous fondez-vous pour dénoncer le fait que l’immigration légale ne cesse de progresser en France depuis trois ans ?

Guillaume Larrivé. J’ai lu attentivement les derniers chiffres du ministère de l’intérieur. Dans les trois dernières années, tous les indicateurs démontrent l’augmentation massive de l’immigration vers la France. Le nombre total de visas délivrés par les ambassades et les consulats a augmenté, en trois ans, de +32%. Sur la même période, le nombre des visas d’immigration permettant une installation durable en France, c’est-à-dire les visas de long séjour, a augmenté de +6,1%. Le nombre de cartes de séjour délivrées par les préfets, c’est-à-dire le nombre d’installations légales en France, a augmenté de +8%. Parmi ces admissions au séjour, l’immigration familiale, qui représente près de la moitié des flux, a augmenté de +13,3%. Le regroupement familial stricto sensu a augmenté de +55%.

Parallèlement, le nombre d’étrangers en situation illégale, c’est-à-dire le nombre de clandestins, ne cesse lui aussi d’augmenter. On le voit à l’échelle du continent, puisque l’immigration clandestine explose aux frontières extérieures de l’Europe : 137 000 immigrés ont traversé la Méditerranée au premier semestre 2015. Le dernier rapport de l’agence FRONTEX montre que les entrées clandestines en Europe ont augmenté de +180% au premier trimestre 2015 par rapport à 2014. Et l’augmentation de l’immigration clandestine en France est, hélas, une évidence. On peut l’évaluer en comptabilisant le nombre de bénéficiaires de l’AME, qui a augmenté de +35%. Et l’on sait que les détournements du système d’asile sont devenus une machine à fabriquer près de 50 000 clandestins supplémentaires chaque année.

Pendant que l’immigration augmente, l’intégration recule. Il faut lire l’étude publiée par l’OCDE voici quelques jours.

Le taux d’emploi des immigrés récents, arrivés depuis moins de cinq ans en France, est inférieur de près de 25 points à celui des personnes nées dans notre pays, contre 12 points en moyenne en Europe. 43% des immigrés d’âge actif (contre 29% dans l’OCDE) ne sont pas ou sont peu diplômés. C’est aussi le cas de 23% des jeunes nés en France et ayant deux parents immigrés, contre 12% dans l’OCDE. En France, 43% des immigrés d’âge actif sont sans emploi. Voilà la triste réalité !  Le chaos migratoire produit du désespoir.

VA. Dans ces conditions, la France peut-elle encore  se permettre de favoriser l’accueil d’immigrés sur son sol ?

Guillaume Larrivé. Il faut une vraie rupture, car la France de 2015 est traversée par de graves tensions. Le marché du travail est bloqué : dans l’histoire contemporaine de la France, il n’y jamais eu autant de chômeurs qu’aujourd’hui. Les finances publiques sont très contraintes : pour la première fois depuis 1945, la dette publique tangente les 100% de la production nationale. Le système éducatif est en panne : notre pays recule dans les classements internationaux. L’ascenseur social est arrêté : les Français sont menacés par le déclassement et craignent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. La sécurité nationale est menacée : le terrorisme islamiste cible notre pays, qui n’est pas à l’abri des désordres du monde. Et le sentiment national est devenu très incertain. Les revendications et les pratiques communautaristes s’affirment. Des quartiers entiers, livrés à des chefs de clans, dérivent en marge de la République.  La communauté nationale s’interroge sur elle-même et, plus encore, sur les institutions politiques qui dirigent l’Etat. Les Français doutent de notre capacité collective à poursuivre l’Histoire de France et à rester maîtres de notre destin.

De ce malaise national, l’immigration massive n’est évidemment pas la seule responsable. Mais ce qui est irresponsable, c’est de penser que l’immigration doit encore augmenter !

VA. Ne faut-il pas casser la vision angélique selon laquelle la France a besoin d’immigrés et que nos traditions doivent nous conduire à continuer d’en accueillir toujours davantage ?

Guillaume Larrivé. L’idéologie de l’ouverture totale est absurde. Et elle est dangereuse, car elle est dominante dans l’expression publique. Je veux la nommer, en reprenant les mots très justes qui sont ceux de Pierre-André Taguieff. Cette idéologie de l’ouverture totale, c’est « l’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants ». Les immigrationnistes postulent que l’immigration est, en soi, toujours une chance pour la France. Et puisque ces dévots regardent l’immigration comme toujours positive, puisqu’elle est, à leurs yeux, non seulement inéluctable mais souhaitable, puisqu’elle va dans le sens de l’histoire, il est littéralement impensable de ne pas l’accepter comme un progrès. L’immigrationnisme est un angélisme qui voue aux gémonies toute interrogation, toute préoccupation, toute réflexion et donc toute action sur les flux d’immigration. Si l’immigration est en soi un bien, vouloir l’organiser, vouloir la maîtriser, vouloir la réguler serait déjà un mal. Et vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal de la pensée incorrecte. Les immigrationnistes, eux, ont les mains propres, parce qu’il n’ont pas de mains : ils sont à l’image de ceux que Charles Péguy disait des kantiens, ils refusent de s’atteler au réel, ils préfèrent rester dans les nuées. Et cette fausse générosité produit évidemment des drames : les immigrés eux-mêmes sont aussi les victimes de l’immigrationnisme. Combien s’entasseront dans des logements insalubres, victimes des marchands de sommeil ? Combien seront relégués dans des quartiers-ghettos, privés d’avenir ? Combien rejoindront les rangs des chômeurs, sans maîtrise de la langue française et sans formation ? Combien se verront refuser l’accès au marché du travail légal, condamnés à vivre ou survivre de l’assistance sociale et de petits trafics ?

Ma conviction est qu’il faut rompre avec cette idéologie immigrationniste, pour adopter une approche plus réfléchie, plus rationnelle, plus responsable, plus réaliste, conforme à l’intérêt national.

La vérité, c’est que la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir sur son territoire. La France a le droit de refuser qui elle ne souhaite pas accueillir sur son territoire. La France a le droit de définir et de mettre en œuvre une politique de diminution de l’immigration conforme à l’intérêt national, c’est-à-dire à l’intérêt des Français.

VA. Vous êtes en pointe contre le projet de loi présenté par le gouvernement. Que dénoncez-vous ?

Guillaume Larrivé. Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. Ce projet de loi est un contre-sens, aggravé par les amendements des députés de la majorité. Les socialistes vont, d’abord, augmenter encore l’immigration vers la France, en multipliant les facilités d’obtention des diverses cartes de séjour, comme si l’urgence était d’accélérer l’entrée en France de nouveaux flux d’immigrés. Ils vont, ensuite, compliquer les retours des clandestins vers leurs pays d’origine, en rendant plus difficile le travail des préfets et des policiers, en empêchant le placement et le maintien dans les centres de rétention administrative qui permettent l’éloignement effectif des étrangers en situation illégale.

Les socialistes refusent, enfin et surtout, d’aborder les vrais sujets qui permettraient de rompre avec le chaos migratoire.

VA. Vous allez défendre 60 amendements. Que proposez-vous ?

Guillaume Larrivé. Une rupture totale avec les pratiques actuelles me semble absolument nécessaire. La première rupture, c’est celle qui consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Je propose que l’Assemblée nationale ait le pouvoir de décider, chaque année, du nombre d’étrangers admis à immigrer en France. Ces plafonds s’appliqueront à chacune des catégories de séjour – à l’exception des réfugiés politiques qui relèvent d’une autre logique, celle de l’asile. Ainsi, le regroupement familial sera contingenté – ce qui suppose, évidemment, parallèlement de supprimer les dispositifs légaux de « rapprochement familial des clandestins », qui consistent, contre toute logique, à légaliser les contournements de la procédure de regroupement familial.

La deuxième rupture sera de conditionner l’autorisation d’immigrer en France à la capacité d’intégration à la société française, qui doit être vérifiée dans le pays d’origine. Il ne faut pas attendre l’installation en France pour tenter vainement, à grand renfort de dépenses publiques, de faciliter l’intégration de personnes qui n’en ont malheureusement pas la capacité. C’est avant la délivrance des visas de long séjour, et comme condition de leur obtention, que le candidat à l’immigration doit faire la preuve de sa capacité d’intégration à la société française. L’étranger devra justifier d’une connaissance suffisante de la langue française, adhérer aux valeurs essentielles de la société française et apporter la preuve de sa capacité à exercer une activité professionnelle, ou, s’il n’envisage pas de travailler en France, de son autonomie financière.

La troisième rupture consistera à revoir les conditions dans lesquelles les étrangers en France accèdent aux prestations sociales. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir accès à la même assurance sociale, pour le protéger des risques liés aux accidents du travail, au chômage, à la maladie et à la vieillesse. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose, en particulier, de restreindre l’accès aux allocations familiales et au logement social, en le conditionnant à au moins cinq années de résidence légale en France.

La quatrième rupture permettra de faciliter le retour des clandestins dans leurs pays d’origine. La naïveté des amendements socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des quelque 400 000 ou 500 000 clandestins installés en France. Ma conviction est qu’il faut faciliter l’utilisation des centres de rétention administrative, en faisant passer la durée maximale de rétention de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec tous les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Je propose, parallèlement, d’expérimenter un plan de retour volontaire vers les pays en voie de développement, dans le cadre d’accords à négocier avec les Etats des pays d’origine selon un principe simple et clair : « pas de visas et pas d’aide publique au développement sans retour des clandestins ».

VA. Est-ce que le droit de la nationalité doit lui aussi être revu ?

Guillaume Larrivé. Oui, je crois nécessaire de revoir les conditions d’accès à la nationalité française, pour renforcer la cohésion de notre communauté nationale, en donnant toute sa force au principe d’assimilation qui a été inscrit dans le code civil lors de la refondation de la République, en 1945.

Il faudra, d’abord, abroger la circulaire de Manuel Valls qui a donné instruction à l’administration d’augmenter le nombre des naturalisations. Le pouvoir socialiste a commis là encore un contre-sens, en prétendant que la naturalisation facilite l’intégration, alors qu’elle doit être, au contraire, le résultat de l’assimilation.

Il me semble nécessaire, en outre, de faire évoluer le « droit du sol » vers ce que j’appelle  le « devoir du sol ». Aujourd’hui, le « droit du sol » permet à tous les étrangers nés en France de devenir Français, même s’ils ne le veulent pas, même s’ils sont clandestins, même s’ils commettent des délits, même s’ils s’enferment dans le communautarisme et refusent toute assimilation à la communauté nationale. Avec le « devoir du sol », demain, l’étranger né en France ne deviendra Français, à 18 ans, que s’il assume son devoir envers la République française. Son devoir, c’est d’abord d’affirmer clairement la volonté d’être Français. Son devoir, c’est aussi de respecter les lois et les valeurs de la République. Ce « devoir du sol » s’appliquerait partout en France (en métropole comme en outre-mer) et pour tous les étrangers (les Européens comme les ressortissants des pays tiers).

Ma conviction est que ces questions doivent être examinées sérieusement. Le débat sur l’immigration doit être libéré du carcan politiquement correct !

« Pour une refondation sécuritaire, pénale et pénitentiaire » – Entretien du 29 octobre 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 29 octobre 2015

EntretienVA

«  Les criminels et les délinquants récidivistes les plus dangereux doivent être enfermés à vie ».

Pour mettre un terme au délitement de la force publique, le député (LR) de l’Yonne prône une refondation sécuritaire, judiciaire et pénale.

Que vous inspirent les événements qui viennent de se produire à Moirans ? Comment expliquez-vous que l’autorité publique puisse être à ce point bafouée ?

L’autorité de l’État est piétinée. Pourquoi ? Parce que le gouvernement se couche, aujourd’hui, face à ceux qui méprisent nos lois, qui défient la police et qui ne craignent pas la justice. A Moirans, une horde a osé brûler 35 voitures et arrêter 125 trains. Ces gens ont parfaitement compris qu’ils n’avaient rien à redouter puisque, deux mois après le blocage de l’autoroute A1 à visage découvert par une soixantaine d’individus, aucun d’entre eux n’a été interpellé. Et ils osent se pavaner en donnant des interviews télévisées pour expliquer qu’ils sont, eux, les victimes de la société ! C’est l’effet Leonarda : quand le pouvoir n’exerce pas le pouvoir, l’espace public est envahi par des crapules, en toute impunité.

Les expressions « zones de non-droit », « territoires perdus de la République » vous semblent-elles décrire correctement la réalité de ce qui se passe sur le terrain ?

C’est la stricte vérité. Des territoires entiers sont désormais régis par la loi de la jungle. Quand l’État de droit est faible, il n’est plus l’État et il n’y a plus de droit. Des centaines de milliers de Français, chaque jour, ont peur d’être agressés par des individus qui agissent en chefs de clans. Des femmes sont violentées par des caïds. Des adolescents sont menacés par des trafiquants de drogue. Des commerçants sont rackettés par des bandes armées. Pendant ce temps, la garde des Sceaux récite des poèmes et le Premier ministre fait semblant de gouverner.

Si la reconquête de ces territoires est nécessaire, est-elle encore possible après tant d’années de renoncement ?

Oui, à condition de faire preuve de sang-froid, d’expérience et de sérieux. Car l’enjeu est immense : il s’agit de rebâtir l’État de droit, du sommet jusqu’à la base. Il ne suffira pas d’abroger les funestes lois pénales de Madame Taubira pour réparer les dégâts causés par l’idéologie socialiste. Il faudra, aussi, tirer les leçons de l’action conduite par la droite lorsqu’elle a exercé le pouvoir, avec ses succès et ses limites. La place Beauvau, notamment, doit être à nouveau dirigée, chaque jour, par un chef respecté, qui précise les missions, fixe des objectifs précis, donne des moyens technologiques et juridiques modernes, reconnaît les efforts de ses troupes et sait les défendre. Nous devrons, dans le même temps, nous appuyer intelligemment sur d’autres acteurs territoriaux : je pense aux maires et aux polices municipales bien sûr, mais aussi aux professionnels de la sécurité privée. Enfin et surtout, nous devrons réussir à mobiliser l’ensemble de l’autorité judiciaire, par un effort sans précédent. Je plaide pour une vraie refondation sécuritaire, pénale et pénitentiaire.

Comment pourriez-vous définir et mettre en œuvre une politique judiciaire, alors que les juges sont indépendants ?

Les 9 000 magistrats, du siège comme du parquet, doivent être respectés et reconnus pour ce qu’ils sont. Ils assument une mission éminente, qui consiste à sauvegarder nos libertés et à protéger notre société. L’indépendance de la justice, ce doit être l’indépendance du jugement, c’est-à-dire l’absence de préjugé et l’exigence de discernement. Cette vertu ne saurait être confondue avec l’existence d’un pseudo-pouvoir qui ne rendrait aucun compte, qui serait livré à lui-même et qui agirait comme un contre-pouvoir politique. La justice s’exerce au nom du peuple français. A cette fin, les juges exercent une autorité déléguée par le Constituant et le législateur. Il est donc indispensable que l’autorité judiciaire applique les choix de la Nation. Les peines doivent être prévues, prononcées, exécutées, avec rigueur et certitude. Ma conviction est que les criminels et les délinquants récidivistes les plus dangereux doivent être et peuvent être définitivement mis hors d’état de nuire en étant enfermés à vie, c’est-à-dire condamnés à la perpétuité réelle.

Vous venez d’effectuer un travail d’investigation dans les prisons. La répression pénale que vous préconisez pourrait-elle être appliquée alors que les prisons sont déjà surpeuplées ?

Le premier problème n’est pas la sur-population mais la sous-capacité carcérale. Il y a aujourd’hui, dans les 187 prisons françaises, 66 864 détenus pour 57 759 places seulement, contre 77 243 places en Allemagne, 77 895 en Espagne et 97 260 au Royaume-Uni. Il est indispensable d’engager, au plus vite, un programme de construction d’au moins 20 000 places de prison supplémentaires. Je plaide, en outre, pour une organisation nouvelle. Je propose que l’administration pénitentiaire relève désormais de l’autorité du ministre de l’intérieur, aux côtés du corps préfectoral, de la police et de la gendarmerie, comme une force de sécurité intérieure à part entière. Cette transformation faciliterait, en particulier, son intégration juridique et opérationnelle à la communauté du renseignement.

A ce sujet, les prisons sont-elles adaptées aux défis du terrorisme islamiste qui cible la France ?

Il y a actuellement 213 individus détenus pour des faits de terrorisme en lien avec l’islamisme. Mais, dans les trois dernières années, 56 terroristes condamnés ont fait l’objet de libération anticipée. Ce n’est pas raisonnable. Il faut, de toute urgence, durcir le quantum des peines et leurs modalités d’exécution. Nous n’avons pas à nous excuser de vouloir enfermer durablement les terroristes qui veulent nous détruire. Et nous devons les incarcérer selon un régime dérogatoire, non seulement pour les séparer des autres détenus, mais aussi pour les isoler les uns des autres. C’est pourquoi j’appelle Christiane Taubira à suspendre son projet de regroupement, en janvier 2016, de 28 détenus terroristes à Lille-Annoeullin : ce serait une folie de créer demain, en prison, les conditions de formation d’un groupe de combat.

« Demain, la guerre civile ? » – Tribune du 14 mars 2013

Tribune de Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 14 mars 2013

TribuneGuerreCivileLe but de la société politique, c’est la paix civile. Il serait illusoire de la croire acquise à jamais. Car la France souffre aujourd’hui de trois maux d’une extrême gravité.

La première menace est celle d’un effondrement économique. La richesse nationale est accaparée par les dépenses publiques, qui s’élèvent désormais à 56% du PIB : toute la valeur créée par les entreprises pendant 204 jours, du 1er janvier au 23 juillet, est redistribuée par l’État, la sécurité sociale et les collectivités locales. Pour continuer à financer cette redistribution vorace (supérieure de 11 points de PIB à celle de l’Allemagne), la France est devenue le vice-champion du monde des prélèvements obligatoires. Notre pays est dévoré par la passion de l’égalité, qui nourrit la créativité et l’instabilité fiscales. La majorité de l’Assemblée nationale ne craint pas d’approuver la spoliation de certains de nos concitoyens, les condamnant à une sorte de bannissement social. Et lorsque le Conseil constitutionnel censure la folie taxatrice, le chef de l’État ne trouve rien de plus urgent que de persévérer. L’aphorisme des shadoks (« plus cela rate, plus cela a une chance de réussir ») vaut instruction à Bercy. De mois en mois, la France, homme malade d’une Europe en déclin, s’enfonce dans la croissance zéro et le chômage de masse. L’appauvrissement des Français devient, hélas, une réalité.

Le deuxième mal français est d’une autre nature : la radicalisation communautariste. La communauté nationale d’hier (« j’ai les mêmes devoirs et les mêmes droits que les autres citoyens français ») cède la place aux communautés spéciales d’aujourd’hui (« j’exige tous les droits parce que je suis différent »). Cette régression prépare l’extinction des Lumières. Elle alimente les revendications de minorités que le gouvernement du moment s’empresse de satisfaire, au nom d’un progressisme dévoyé qui glorifie les particularités. Ce faisant, l’Etat se soumet à de nouveaux cléricalismes. Ainsi, le président de la République publie un communiqué fêtant l’Aïd al Adha, mais il s’interdit de le faire à Noël, tant la haine de soi va de pair avec l’acceptation du communautarisme. La même logique est à l’œuvre lorsque les socialistes, en jouant avec l’idée du droit de vote des étrangers, semblent souhaiter que des communautés littéralement extérieures à la nation puissent pourtant participer, demain, à la délibération et la décision politiques.

Le troisième des maux dont souffre la France est le plus préoccupant : l’impuissance publique. Elle gangrène tous les lieux de pouvoir, de la base au sommet. Cette impuissance est subie par les élus des petites collectivités locales et les agents territoriaux de l’État, accablés par le poids des normes bureaucratiques et empêtrés dans une organisation administrative multipliant les lieux d’indécision. Mais cette même impuissance publique paraît presque choisie, à la tête de l’État, dans les mains d’un homme aux synthèses incertaines. Les palinodies partisanes rythment le quotidien de l’agenda gouvernemental, qui tire à hue et à dia, ici pour complaire aux Verts, là pour satisfaire les différents courants du PS. « Ni pour, ni contre, bien au contraire ! » est le mot d’ordre de l’exécutif, sur des questions de première importance : on l’a vu hier à propos des nationalisations dans l’industrie, on le constate aujourd’hui avec le débat sur la procréation médicalement assistée pour les couples de même sexe.

Mais il y a bien pire que ces hésitations, ces flottements, ces renoncements. Dans son cœur régalien, le pouvoir est veule. L’allure pragmatique du ministre de l’intérieur est un leurre qui ne masquera pas longtemps la faiblesse générale des pouvoirs publics face aux criminels et aux délinquants. La mobilisation déterminée des policiers et des gendarmes se heurte à tant d’obstacles. L’autorité judiciaire, malgré la valeur professionnelle de nombreux magistrats, ne parvient pas à réprimer et à dissuader les atteintes aux personnes, qui augmentent continûment. Le code pénal est parfois un sabre de bois. Et l’éducation nationale, en dépit du dévouement des professeurs, fait le lit d’une certaine délinquance lorsqu’elle échoue à donner à des centaines de milliers de jeunes gens une formation utile à leur insertion professionnelle.

Pendant ce temps, la classe politique se complaît trop souvent dans des querelles subalternes. Le petit théâtre des ombres, sur les plateaux de télévision, joue une pièce médiocre.

Qui parcourt la France, dans les villes, les banlieues comme les campagnes, perçoit les ferments de la désespérance. La conjonction de l’effondrement économique, de la radicalisation communautariste et de l’impuissance publique peut être le terreau d’une nouvelle violence, qui ne serait sans doute pas une guerre civile, mais qui ne serait plus la paix civile. Les émeutes de l’automne 2005, trop vite oubliées, en sont peut-être le premier acte. Un élément menace de s’y ajouter : l’importation, en France, d’une ultra-violence terroriste, qui serait le fait de nouveaux Merah entraînés à nos portes.

François Hollande, hier candidat à la fonction politique suprême, promettait de réenchanter le rêve français. Sa présidence somnolente, aujourd’hui, pourrait précipiter la France dans un triste cauchemar. Il est grand temps de se réveiller, en proposant aux Français un chemin de courage.

C’est la responsabilité de l’opposition que d’y préparer lucidement notre pays.