« Le marinisme est un néocommunisme antinational » – Tribune du 28 janvier 2016

Tribune de Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 28 janvier 2016

VAMarinisme.jpgQu’est-ce que le marinisme ? Ce n’est pas le lepénisme originel, qui était d’abord un style fanfaron, bambocheur et bravache. Lire le projet du Front national de 2016 est édifiant, tant Marine Le Pen y apparaît pour ce qu’elle est : non pas l’héritière de son père, mais plutôt celle de feu Georges Marchais. Elle se plaît, en effet, à recycler de vieilles marottes aussi rouges que ruineuses. Le protectionnisme le plus anti-libéral y côtoie une addiction toxique à la dépense publique, matinée d’un petit air de lutte des classes, comme si le programme de la place du Colonel-Fabien avait été décongelé.

Le protectionnisme ? Prôner le retour aux droits de douanes nationaux repose sur une étrange inconscience. C’est oublier cette vérité évidente que le commerce international marche dans les deux sens et que les représailles seraient immédiates. La viticulture, l’industrie du luxe et l’aéronautique françaises n’exporteraient plus rien en Chine et au Japon si l’on décidait de ne plus importer d’électronique asiatique. Ce choix protectionniste serait d’autant plus absurde que les emplois sauvés à court terme dans les industries protégées seraient détruits ailleurs, dans des secteurs devant payer plus cher leurs consommations intermédiaires. Les gains pour les producteurs et les salariés des branches protégées devraient être comparés aux pertes des consommateurs.

L’addiction mariniste à la dépense publique, elle, relève de la pensée magique, comme si l’argent public était une ressource illimitée dans un pays qui redistribue déjà 57% de son PIB et doit rembourser une dette publique tangentant les 100% de la production nationale. Ceci n’empêche pas les frontistes de prôner l’augmentation des pensions, pour un coût annuel que l’Institut Montaigne évalue à quelque 14 milliards d’euros par an. Peut-être imagine-t-on qu’il suffirait de rétablir le franc pour financer toutes ces nouvelles dépenses sociales ? Hyper-inflation, anéantissement de l’épargne des ménages, fragilisation du système bancaire et explosion de la dette réelle : la sortie de l’euro serait chèrement payée par tous les Français.

Marine Le Pen continue, pourtant, à prendre la pose du défenseur des “petits” contre les “gros”. Sa logorrhée définit une nouvelle lutte des classes, où les grandes entreprises doivent être punies d’exister, de créer, d’exporter. Elle estime, ainsi, que les 50 capitalisations boursières les plus importantes du pays devraient affecter 15% de leur résultat à une « réserve spéciale de réindustrialisation » pendant cinq ans avant un éventuel remboursement. Autrement dit, la bureaucratie frontiste déciderait directement d’une partie de l’affectation des résultats et des choix d’investissement. A quand le ministère du Gosplan ?

La fine équipe marino-philippotesque n’a, semble-t-il, absolument rien vu et rien compris des pépites économiques des années 2010. Tesla, Google ou Facebook ne sont en rien la conséquence d’une politique industrielle décrétée par quelques hauts fonctionnaires sur un coin de table. Il ont grandi dans un contexte favorable à la valorisation des idées nouvelles et à la prise de risque par les investisseurs privés.

Parce qu’il est un néo-communisme régressif, le marinisme est anti-national : il est à mille lieues des besoins de notre pays. Si nous aimons vraiment la France, nous devons en finir avec les chimères de l’économie administrée, faussement protectrice d’emplois et réellement destructrice de richesses. A nous, la droite, d’inventer, enfin, un chemin de conquête, en cultivant l’intelligence du capital humain et en faisant confiance à l’esprit de liberté.

« Pour en finir avec le ministère du chômage ! » – Tribune du 21 août 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 21 août 2015

TribuneChomage

François Rebsamen quittera, dans quelques jours, les fonctions de ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social qu’il occupait depuis le remaniement de l’été dernier. A l’Élysée et à Matignon, on échafaude des hypothèses de remplacement. Le président de la République et le Premier ministre pensent d’abord politics plutôt que policies. La consolidation d’un fidèle, la neutralisation d’un frondeur ou l’acquisition d’un allié : que choisira le duo exécutif ? Aux côtés des 33 autres membres du gouvernement, le successeur du ministre démissionnaire sera le résultat d’un dosage entre les différentes composantes partisanes de la majorité présidentielle. Le nom du nouveau ministre ne sera qu’accessoirement celui du pilote de la politique publique du travail et de l’emploi.

Ainsi va la vie politique de notre pays, confite dans les habitudes de politiciens incapables de comprendre que leur échec devrait les conduire à tout changer.

Car la vraie question ne devrait pas être de savoir quel dignitaire hollandiste sera ministre du travail, mais s’il est indispensable, voire même raisonnable, que le ministère du travail soit conservé.

A quoi sert-il ? Selon le décret d’attributions du ministre, il « prépare et met en œuvre la politique du gouvernement dans les domaines du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle, du dialogue social et de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. »

Au plan juridique, c’est d’abord le ministère de la réglementation du travail. Avec le concours actif des parlementaires nationaux, le renfort des enceintes bruxelloises et la complicité plus ou moins assumée des supposés « partenaires sociaux », la fécondité normative du ministère du travail a réussi à produire les 3 689 pages du code du travail français (dans son édition commentée Dalloz de 2015, à comparer aux 2 590 pages de l’édition de 2005). Le respect en est assuré, au quotidien, par les contrôles des fonctionnaires de l’inspection du travail, inspirés par une culture de défiance anti-entreprises.

Au plan budgétaire, le ministère est le responsable de la mission « travail et emploi », comprenant quatre programmes, dotés de 11 milliards d’euros de crédits de paiement dans la loi de finances pour 2015. Pour l’essentiel, il s’agit de créer une myriade d’emplois aidés, c’est-à-dire d’acheter de faux emplois avec de vraies dépenses publiques, financées par l’impôt et la dette. Cette politique coûteuse de traitement social du chômage a été obstinément menée depuis trente-cinq ans en France, avec des résultats objectivement calamiteux. Les dernières statistiques de l’OCDE, pour juin 2015, devraient éveiller les esprits les plus engourdis : le taux de chômage est de 10,2% en France, quand il est de 4,7% en Allemagne, de 5,3% aux États-Unis, de 5,6% au Royaume-Uni, de 5,9% dans les pays du G7 et de 6,8% au sein de l’OCDE.

« Plus cela rate, plus on a de chances que cela marche » : le proverbe des Shadocks semble être, hélas, la devise de ce ministère du chômage structurel qu’est devenu, dans la France de 2015, le ministère du travail créé en 1906.

La vérité est que le combat pour la croissance économique et la création d’emplois ne se joue pas au 127 rue de Grenelle, dans les bureaux lambrissés de l’Hôtel du Châtelet. Ce combat se perd ou se gagne d’abord sur le terrain, dans les entreprises elles-mêmes, en fonction de leur capacité à innover, à investir, à conquérir des marchés. Il se perd ou se gagne aussi à Bercy, au conseil européen des ministres Ecofin et à la BCE, où se décident les paramètres fiscaux, les choix budgétaires, et la politique monétaire. Il se perd ou se gagne tout autant dans les universités et les établissements scolaires, qui cultivent l’essentiel, c’est-à-dire l’intelligence du capital humain.

L’emploi est une affaire beaucoup trop sérieuse pour la confier à un ministère du travail organisé en tuyau d’orgue, structurellement hostile aux entreprises, étranger au monde de l’enseignement, prisonnier des chantages syndicaux, otage des corporatismes, enfermé dans la routine bureaucratique.

Finissons-en avec ce moribond ! C’est à Bercy, au sein d’un ministère de l’économie et de l’emploi, qu’incomberait la tâche d’élaborer simultanément la simplification radicale du code du travail, la suppression des dispositifs de traitement social du chômage et la réaffectation de leurs crédits à une diminution pro-business de la fiscalité. Et c’est aux conseils régionaux qu’il reviendrait d’accompagner, dans les territoires, au plus près des besoins des entreprises, les actions de formation professionnelle.

Cela n’a évidemment aucune chance d’advenir avant 2017. Tâchons au moins d’en convaincre celui qui portera, dans moins de deux ans, les couleurs de la droite à l’élection présidentielle !