« Une refondation sécuritaire est nécessaire » – Entretien du 3 novembre 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 3 novembre 2015

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LE FIGARO. – Les Républicains proposent la création d’un ministère de la Sécurité en intégrant l’administration pénitentiaire et les douanes au ministère de l’Intérieur. A quelles fins ?

Guillaume LARRIVÉ. – La mission des Républicains, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, est d’être le parti des solutions pour les Français. Notre devoir est de gagner à la fois la guerre contre le terrorisme islamiste et les batailles pour la sécurité quotidienne. Pour cela, une refondation sécuritaire est nécessaire, avec de nouveaux instruments juridiques et une nouvelle organisation opérationnelle. Cela passe par la création, place Beauvau, d’un vrai ministère de la sécurité intérieure, pilotant les 147 000 policiers et les 97 000 gendarmes, mais aussi les agents des douanes et les surveillants pénitentiaires. L’administration pénitentiaire doit devenir une force de sécurité intérieure à part entière, au cœur du système de protection des Français. Elle a pour première mission d’exécuter les peines. Et elle doit disposer d’un service spécialisé intégré à la communauté du renseignement.

LF – Xavier Bertrand a proposé de fusionner tout simplement ministère de l’Intérieur et de la Justice. En quoi votre solution est-elle plus efficace ?

GL – Pour que l’Etat de droit soit fort, il faut que chacun assume sa mission sans confusion. L’autorité judiciaire et les forces de l’ordre poursuivent un même objectif de protection de la société. Mais elles relèvent de logiques juridiques et organiques distinctes. L’indépendance de jugement, propre aux magistrats, implique qu’ils n’obéissent pas au ministre de la police.

LF – Comment construire 20 000 places de prison, comme vous le proposez, alors que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy seulement 6000 ont été créées ?

GL – Nous constatons que, depuis 2012, la situation s’est beaucoup dégradée. La sécurité quotidienne des Français a reculé et des terroristes nous ont déclaré la guerre. Plus que jamais, il faut assumer un effort national pour renforcer notre capacité d’action régalienne. Cela nécessitera de faire des choix budgétaires et de définir des priorités. Le parc pénitentiaire en est une. Aujourd’hui, le premier problème n’est pas la surpopulation mais la sous-capacité carcérale. Nous disposons de seulement 57 000 places pour 67 000 détenus, alors qu’il y a 77 000 places en Allemagne et 97 000 au Royaume-Uni. Il est absolument indispensable que les peines, prévues par le législateur et prononcées par l’autorité judiciaire, soient exécutées avec rigueur et certitude. La construction d’au moins 20 000 places supplémentaires permettra d’assurer cette mission. Cet effort est d’autant plus nécessaire que nous voulons mettre fin aux aménagements systématiques des courtes peines de prison et à toutes les réductions automatiques de peine.

LF – Faut-il dès lors supprimer le juge d’application des peines ?

GL – La question reste en débat parmi Les Républicains. Nous l’évoquerons lors d’une prochaine journée de travail, relative à la justice.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Garat

« Je propose un plan de retour volontaire » – Entretien du 20 juillet 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 20 juillet 2015VA

Droit des étrangers. Le projet de loi portant sur les droits des étrangers entre en discussion ce lundi à l’Assemblée nationale. Pour Guillaume Larrivé, l’orateur des Républicains dans l’hémicycle, « Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. » Entretien.

VA. Le gouvernement cherche-t-il à cacher son projet, en décidant d’inscrire ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale à la fin du mois de juillet, juste avant les vacances ?

Guillaume Larrivé. Ce n’est pas le problème principal. L’Assemblée nationale siège en session extraordinaire. Les députés ont le devoir de travailler. Ceux qui sont déjà en vacances assument-ils vraiment le mandat qui leur a été confié par le peuple français ?

Notre mission, c’est de combattre les socialistes dans l’Hémicycle, pas de faire des pâtés de sable au bord de la mer !

Il est tout à fait possible de débattre d’un projet de loi au mois de juillet et de prendre quelques jours de vacances au mois d’août. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le gouvernement profite de la faiblesse parlementaire pour essayer de faire adopter son texte en catimini.

VA. Sur quoi vous fondez-vous pour dénoncer le fait que l’immigration légale ne cesse de progresser en France depuis trois ans ?

Guillaume Larrivé. J’ai lu attentivement les derniers chiffres du ministère de l’intérieur. Dans les trois dernières années, tous les indicateurs démontrent l’augmentation massive de l’immigration vers la France. Le nombre total de visas délivrés par les ambassades et les consulats a augmenté, en trois ans, de +32%. Sur la même période, le nombre des visas d’immigration permettant une installation durable en France, c’est-à-dire les visas de long séjour, a augmenté de +6,1%. Le nombre de cartes de séjour délivrées par les préfets, c’est-à-dire le nombre d’installations légales en France, a augmenté de +8%. Parmi ces admissions au séjour, l’immigration familiale, qui représente près de la moitié des flux, a augmenté de +13,3%. Le regroupement familial stricto sensu a augmenté de +55%.

Parallèlement, le nombre d’étrangers en situation illégale, c’est-à-dire le nombre de clandestins, ne cesse lui aussi d’augmenter. On le voit à l’échelle du continent, puisque l’immigration clandestine explose aux frontières extérieures de l’Europe : 137 000 immigrés ont traversé la Méditerranée au premier semestre 2015. Le dernier rapport de l’agence FRONTEX montre que les entrées clandestines en Europe ont augmenté de +180% au premier trimestre 2015 par rapport à 2014. Et l’augmentation de l’immigration clandestine en France est, hélas, une évidence. On peut l’évaluer en comptabilisant le nombre de bénéficiaires de l’AME, qui a augmenté de +35%. Et l’on sait que les détournements du système d’asile sont devenus une machine à fabriquer près de 50 000 clandestins supplémentaires chaque année.

Pendant que l’immigration augmente, l’intégration recule. Il faut lire l’étude publiée par l’OCDE voici quelques jours.

Le taux d’emploi des immigrés récents, arrivés depuis moins de cinq ans en France, est inférieur de près de 25 points à celui des personnes nées dans notre pays, contre 12 points en moyenne en Europe. 43% des immigrés d’âge actif (contre 29% dans l’OCDE) ne sont pas ou sont peu diplômés. C’est aussi le cas de 23% des jeunes nés en France et ayant deux parents immigrés, contre 12% dans l’OCDE. En France, 43% des immigrés d’âge actif sont sans emploi. Voilà la triste réalité !  Le chaos migratoire produit du désespoir.

VA. Dans ces conditions, la France peut-elle encore  se permettre de favoriser l’accueil d’immigrés sur son sol ?

Guillaume Larrivé. Il faut une vraie rupture, car la France de 2015 est traversée par de graves tensions. Le marché du travail est bloqué : dans l’histoire contemporaine de la France, il n’y jamais eu autant de chômeurs qu’aujourd’hui. Les finances publiques sont très contraintes : pour la première fois depuis 1945, la dette publique tangente les 100% de la production nationale. Le système éducatif est en panne : notre pays recule dans les classements internationaux. L’ascenseur social est arrêté : les Français sont menacés par le déclassement et craignent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. La sécurité nationale est menacée : le terrorisme islamiste cible notre pays, qui n’est pas à l’abri des désordres du monde. Et le sentiment national est devenu très incertain. Les revendications et les pratiques communautaristes s’affirment. Des quartiers entiers, livrés à des chefs de clans, dérivent en marge de la République.  La communauté nationale s’interroge sur elle-même et, plus encore, sur les institutions politiques qui dirigent l’Etat. Les Français doutent de notre capacité collective à poursuivre l’Histoire de France et à rester maîtres de notre destin.

De ce malaise national, l’immigration massive n’est évidemment pas la seule responsable. Mais ce qui est irresponsable, c’est de penser que l’immigration doit encore augmenter !

VA. Ne faut-il pas casser la vision angélique selon laquelle la France a besoin d’immigrés et que nos traditions doivent nous conduire à continuer d’en accueillir toujours davantage ?

Guillaume Larrivé. L’idéologie de l’ouverture totale est absurde. Et elle est dangereuse, car elle est dominante dans l’expression publique. Je veux la nommer, en reprenant les mots très justes qui sont ceux de Pierre-André Taguieff. Cette idéologie de l’ouverture totale, c’est « l’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants ». Les immigrationnistes postulent que l’immigration est, en soi, toujours une chance pour la France. Et puisque ces dévots regardent l’immigration comme toujours positive, puisqu’elle est, à leurs yeux, non seulement inéluctable mais souhaitable, puisqu’elle va dans le sens de l’histoire, il est littéralement impensable de ne pas l’accepter comme un progrès. L’immigrationnisme est un angélisme qui voue aux gémonies toute interrogation, toute préoccupation, toute réflexion et donc toute action sur les flux d’immigration. Si l’immigration est en soi un bien, vouloir l’organiser, vouloir la maîtriser, vouloir la réguler serait déjà un mal. Et vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal de la pensée incorrecte. Les immigrationnistes, eux, ont les mains propres, parce qu’il n’ont pas de mains : ils sont à l’image de ceux que Charles Péguy disait des kantiens, ils refusent de s’atteler au réel, ils préfèrent rester dans les nuées. Et cette fausse générosité produit évidemment des drames : les immigrés eux-mêmes sont aussi les victimes de l’immigrationnisme. Combien s’entasseront dans des logements insalubres, victimes des marchands de sommeil ? Combien seront relégués dans des quartiers-ghettos, privés d’avenir ? Combien rejoindront les rangs des chômeurs, sans maîtrise de la langue française et sans formation ? Combien se verront refuser l’accès au marché du travail légal, condamnés à vivre ou survivre de l’assistance sociale et de petits trafics ?

Ma conviction est qu’il faut rompre avec cette idéologie immigrationniste, pour adopter une approche plus réfléchie, plus rationnelle, plus responsable, plus réaliste, conforme à l’intérêt national.

La vérité, c’est que la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir sur son territoire. La France a le droit de refuser qui elle ne souhaite pas accueillir sur son territoire. La France a le droit de définir et de mettre en œuvre une politique de diminution de l’immigration conforme à l’intérêt national, c’est-à-dire à l’intérêt des Français.

VA. Vous êtes en pointe contre le projet de loi présenté par le gouvernement. Que dénoncez-vous ?

Guillaume Larrivé. Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. Ce projet de loi est un contre-sens, aggravé par les amendements des députés de la majorité. Les socialistes vont, d’abord, augmenter encore l’immigration vers la France, en multipliant les facilités d’obtention des diverses cartes de séjour, comme si l’urgence était d’accélérer l’entrée en France de nouveaux flux d’immigrés. Ils vont, ensuite, compliquer les retours des clandestins vers leurs pays d’origine, en rendant plus difficile le travail des préfets et des policiers, en empêchant le placement et le maintien dans les centres de rétention administrative qui permettent l’éloignement effectif des étrangers en situation illégale.

Les socialistes refusent, enfin et surtout, d’aborder les vrais sujets qui permettraient de rompre avec le chaos migratoire.

VA. Vous allez défendre 60 amendements. Que proposez-vous ?

Guillaume Larrivé. Une rupture totale avec les pratiques actuelles me semble absolument nécessaire. La première rupture, c’est celle qui consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Je propose que l’Assemblée nationale ait le pouvoir de décider, chaque année, du nombre d’étrangers admis à immigrer en France. Ces plafonds s’appliqueront à chacune des catégories de séjour – à l’exception des réfugiés politiques qui relèvent d’une autre logique, celle de l’asile. Ainsi, le regroupement familial sera contingenté – ce qui suppose, évidemment, parallèlement de supprimer les dispositifs légaux de « rapprochement familial des clandestins », qui consistent, contre toute logique, à légaliser les contournements de la procédure de regroupement familial.

La deuxième rupture sera de conditionner l’autorisation d’immigrer en France à la capacité d’intégration à la société française, qui doit être vérifiée dans le pays d’origine. Il ne faut pas attendre l’installation en France pour tenter vainement, à grand renfort de dépenses publiques, de faciliter l’intégration de personnes qui n’en ont malheureusement pas la capacité. C’est avant la délivrance des visas de long séjour, et comme condition de leur obtention, que le candidat à l’immigration doit faire la preuve de sa capacité d’intégration à la société française. L’étranger devra justifier d’une connaissance suffisante de la langue française, adhérer aux valeurs essentielles de la société française et apporter la preuve de sa capacité à exercer une activité professionnelle, ou, s’il n’envisage pas de travailler en France, de son autonomie financière.

La troisième rupture consistera à revoir les conditions dans lesquelles les étrangers en France accèdent aux prestations sociales. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir accès à la même assurance sociale, pour le protéger des risques liés aux accidents du travail, au chômage, à la maladie et à la vieillesse. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose, en particulier, de restreindre l’accès aux allocations familiales et au logement social, en le conditionnant à au moins cinq années de résidence légale en France.

La quatrième rupture permettra de faciliter le retour des clandestins dans leurs pays d’origine. La naïveté des amendements socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des quelque 400 000 ou 500 000 clandestins installés en France. Ma conviction est qu’il faut faciliter l’utilisation des centres de rétention administrative, en faisant passer la durée maximale de rétention de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec tous les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Je propose, parallèlement, d’expérimenter un plan de retour volontaire vers les pays en voie de développement, dans le cadre d’accords à négocier avec les Etats des pays d’origine selon un principe simple et clair : « pas de visas et pas d’aide publique au développement sans retour des clandestins ».

VA. Est-ce que le droit de la nationalité doit lui aussi être revu ?

Guillaume Larrivé. Oui, je crois nécessaire de revoir les conditions d’accès à la nationalité française, pour renforcer la cohésion de notre communauté nationale, en donnant toute sa force au principe d’assimilation qui a été inscrit dans le code civil lors de la refondation de la République, en 1945.

Il faudra, d’abord, abroger la circulaire de Manuel Valls qui a donné instruction à l’administration d’augmenter le nombre des naturalisations. Le pouvoir socialiste a commis là encore un contre-sens, en prétendant que la naturalisation facilite l’intégration, alors qu’elle doit être, au contraire, le résultat de l’assimilation.

Il me semble nécessaire, en outre, de faire évoluer le « droit du sol » vers ce que j’appelle  le « devoir du sol ». Aujourd’hui, le « droit du sol » permet à tous les étrangers nés en France de devenir Français, même s’ils ne le veulent pas, même s’ils sont clandestins, même s’ils commettent des délits, même s’ils s’enferment dans le communautarisme et refusent toute assimilation à la communauté nationale. Avec le « devoir du sol », demain, l’étranger né en France ne deviendra Français, à 18 ans, que s’il assume son devoir envers la République française. Son devoir, c’est d’abord d’affirmer clairement la volonté d’être Français. Son devoir, c’est aussi de respecter les lois et les valeurs de la République. Ce « devoir du sol » s’appliquerait partout en France (en métropole comme en outre-mer) et pour tous les étrangers (les Européens comme les ressortissants des pays tiers).

Ma conviction est que ces questions doivent être examinées sérieusement. Le débat sur l’immigration doit être libéré du carcan politiquement correct !

« Le droit d’asile est devenu une machine à produire des clandestins » – Entretien du 23 juillet 2014

Entretien avec Guillaume Larrivé – FigaroVox – 23 juillet 2014figaro-voxjpg-110289

FIGAROVOX/ENTRETIEN- Guillaume Larrivé réagit au projet de réforme du droit d’asile proposé par Bernard Cazeneuve en Conseil des ministres. Pour le député de l’Yonne, s’il y a urgence à réformer le système, il faut faire attention à ne pas encourager les filières clandestines.

Figarovox: Manuel Valls avait affirmé quand il était place Beauvau que la réforme du droit d’asile était une «priorité». Etes-vous d’accord?

Guillaume Larrivé: Comme tous les Républicains, je suis attaché au respect du droit d’asile, qui est censé permettre l’accueil des réfugiés politiques, c’est-à-dire des combattants de la liberté. «Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République»: c’est l’essence même du droit d’asile, que le préambule de la Constitution de 1946 a rappelé, fidèle à l’héritage de la Révolution française et annonçant la Convention de Genève. Chaque année, environ 10 000 personnes sont légitimement accueillies à ce titre et se voient reconnaître le statut de réfugié politique, soit par l’administration (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, OFPRA), soit par le juge (Cour nationale du droit d’asile, CNDA).

Le problème est que, parallèlement, des dizaines de milliers de candidats à l’immigration clandestine, qui ne sont pas de vrais réfugiés politiques, détournent les procédures d’asile pour se maintenir illégalement en France. Les délais d’examen sont très longs: il faut souvent plus de deux ans pour obtenir une réponse. Pendant tout ce temps, ces personnes s’installent en France. Et lorsqu’elles sont déboutées, c’est-à-dire lorsqu’elles sont reconnues comme n’étant pas des réfugiés politiques, elles s’installent le plus souvent dans la clandestinité. Le système d’examen des demandes connaît, dès lors, une sorte de thrombose. Il est devenu une machine à produire plus de 50 000 clandestins par an!

F – Le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 53% depuis 2008 en France. Quelles sont les raisons de cette augmentation? D’où viennent la plupart des demandeurs?

GL – Les désordres du monde alimentent les demandes. Et les filières d’immigration clandestine, liées à la criminalité organisée, ont pris en otage le système français d’asile. Nous sommes devenus, juste après l’Allemagne, le deuxième pays européen de destination des demandes.

En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes: 45 925 ont été faites pour la première fois par des adultes, 14 536 ont été présentées par des mineurs les accompagnants et 5 790 sont des demandes de réexamen, formées par des personnes ayant déjà fait l’objet d’un refus. Le Bangladesh (4 322 demandes), la République démocratique du Congo (4 286), le Kosovo (3 862), l’Albanie (3 338), la Russie (3 064), le Sri Lanka (2 395) et la Chine (2 294), constituent, à l’OFPRA, les flux les plus importants, devant la Guinée (2 041), le Mali (1 380) et l’Algérie (1 256).

F – Délais interminables, hébergements saturés, demandes de plus en plus nombreuses: le principal problème du droit d’asile en France n’est-il pas un défaut de moyens?

GL – La capacité de l’OFPRA et de la CNDA à traiter les demandes doit continuer à être améliorée. Mais je ne crois pas du tout qu’il faille augmenter indéfiniment les budgets consacrés à l’examen des demandes d’asile, au moment même où les finances de l’Etat ne sont pas très loin de la faillite… Les crédits consacrés au système d’asile ont explosé ces dernières années. Je citerai un seul chiffre, celui du budget consacré à l’allocation temporaire d’attente (ATA), versée aux demandeurs d’asile: plus de 140 millions d’euros en 2013, c’est-à-dire trois fois plus qu’en 2007. Ce n’est pas d’une augmentation globale de moyens dont le système d’asile a besoin, mais d’une véritable révolution des procédures.

F – Le projet de loi porté par Bernard Cazeneuve, qui a pour objectif de «désengorger le système d’asile» vous parait-il aller dans le bon sens?

GL – Je ne doute pas que Bernard Cazeneuve, qui est un ministre de l’Intérieur sérieux et réfléchi, essaie de présenter un projet de loi utile. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je suis d’accord avec lui sur un point: il faut raccourcir les délais d’examen des demandes. Je suis plus réservé lorsqu’il dit vouloir lutter contre la concentration géographique de la demande d’asile, car je ne suis pas du tout convaincu que le système marchera mieux lorsque des villes moyennes, comme Auxerre par exemple, accueilleront demain des dizaines ou des centaines de demandeurs! Et je suis en désaccord total lorsqu’il veut généraliser les possibilités de recours juridictionnels suspensifs: concrètement, cela signifie qu’une personne déboutée plusieurs fois pourra indéfiniment faire de nouvelles demandes et de nouveaux recours devant le juge sans jamais être reconduite dans son pays d’origine! C’est un signal d’encouragement aux filières d’immigration clandestine! C’est le contraire de ce qu’il faut faire. Il est nécessaire de faire évoluer le droit pour qu’une décision de rejet de la demande d’asile (par l’OFPRA ou, en cas de recours, par la CNDA) vaille obligation de quitter le territoire. Je présenterai à l’Assemblée nationale des amendements en ce sens. Et j’appelle le ministre de l’Intérieur à défendre cette position à Bruxelles. Il faut faire bouger les lignes!

F- Selon vous, le droit d’asile est-il attribué trop facilement en France? Selon quels critères devrait-il être accordé?

GL – Toute la difficulté est de continuer à accueillir les réfugiés politiques, qui sont des combattants de la liberté, tout en parvenant à expulser les déboutés, qui sont des candidats à l’immigration clandestine. Aujourd’hui, la France est perçue, par les demandeurs, comme un pays extrêmement attractif pour tous ceux qui souhaitent bénéficier des aides sociales et d’une perspective de régularisation. Il faut être beaucoup plus rigoureux! Les signaux envoyés par le gouvernement de François Hollande sont perçus, hélas, comme une incitation à l’immigration illégale: lorsque les ministres prennent des circulaires pour ordonner aux préfets de régulariser toujours plus de clandestins, il ne faut pas s’étonner que le nombre de demandes explose !

« Il faut une rupture totale » – Interview du 20 juillet 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 20 juillet 2015

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Le député de l’Yonne Guillaume Larrivé défendra lundi soir, au nom du groupe parlementaire Les Républicains, une motion de rejet préalable du texte. Il présentera par ailleurs, en tant qu’orateur du groupe et en son nom, de nombreux amendements.

LE FIGARO – Vous allez présenter une soixantaine d’amendements à ce texte…

Guillaume Larrivé – Je n’accepte pas qu’un vrai débat sur l’immigration soit interdit en France. La gauche française reste adepte d’un immigrationnisme faussement généreux, totalement coupé des réalités. La France de 2015 est traversée par de graves tensions : le marché du travail est bloqué, les finances publiques sont au bord du gouffre, le système éducatif est en panne, l’ascenseur social est arrêté, la sécurité est menacée et le sentiment national est devenu très incertain. De ce profond malaise national, l’immigration massive n’est pas la seule responsable. Mais ce qui serait irresponsable, c’est de continuer à augmenter l’immigration ! Le chaos migratoire produit le désespoir. Je propose une rupture totale : la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir et qui elle souhaite refuser sur son territoire. De toute urgence, il faut diminuer l’immigration et s’en donner vraiment les moyens.

Le gouvernement veut instaurer des cartes de séjour pouvant aller jusqu’à cinq ans. Que proposez-vous ?

Le contraire ! Je propose une politique de réduction de l’immigration. La première rupture consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Il faut que, chaque année, l’Assemblée nationale puisse définir le nombre d’étrangers admis à s’installer France, pour toutes les catégories de séjour à l’exception des réfugiés politiques. Ainsi, le regroupement familial devra être soumis à un plafond annuel : si le plafond est dépassé, la demande sera reportée à l’année suivante.

Deuxième rupture : avant d’obtenir un visa pour la France, les candidats à l’immigration devront justifier, à leurs frais, dans leur pays d’origine, de leur bonne connaissance de la langue française, de leur adhésion aux valeurs de la société française, mais aussi d’une capacité à exercer une profession ou à assumer leur autonomie financière.

Troisième rupture : il faut restreindre les prestations sociales versées aux étrangers. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir la même assurance sociale. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose de supprimer l’accès aux allocations familiales et au logement avant cinq années de résidence légale en France.

Que pensez-vous du remplacement de la rétention administrative par une assignation à résidence ?

La naïveté des socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des 500 000 clandestins installés en France ! Au contraire, je défendrai un amendement pour que la rétention administrative passe de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne et de 60 jours en Espagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Le débat sur le droit du sol a été relancé. Les Républicains semblent partagés sur cette question.

N’ayons pas peur des idées nouvelles, comme Nicolas Sarkozy nous y invite. Je propose de passer du « droit du sol » au « devoir du sol ». L’étranger né en France ne deviendra plus automatiquement Français. Il devra affirmer sa volonté de le devenir. Et la République pourra refuser d’accorder la nationalité française à l’étranger qui n’est pas assimilé à la communauté nationale. Ceux qui ne respectent pas les lois et les valeurs de la République n’ont pas à devenir français.

« Hollande n’a ni leadership ni vision » – Interview du 8 septembre 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 8 septembre 2015ItwFigaro8septembre2015

La France va devoir accueillir pour commencer 24.000 migrants supplémentaires. Qu’en pensez-vous?

François Hollande réagit bien tardivement. Il n’a ni leadership ni vision. La priorité, c’est de créer, à proximité de la zone irako-syrienne et avant toute traversée de la Méditerranée, des centres internationaux de rétention des demandeurs d’asile.

Comment procéder?

Il faut choisir les personnes qui seront accueillies provisoirement non seulement en Europe mais aussi en Amérique du Nord, et dans les pays du monde arabe, comme l’Arabie Saoudite. J’insiste: il ne s’agit pas d’installer définitivement en France une partie de la population du Moyen Orient, mais d’accueillir provisoirement des victimes des islamistes de Daech jusqu’à leur retour dans leurs pays, quand la pays sera revenue, avec la destruction du pseudo Etat islamique.

Mais que faire des centaines de milliers de migrants économiques?

Les policiers, aux prises avec la réalité du terrain, le déplorent : aujourd’hui, malgré tous leurs efforts, on ne renvoie quasiment plus les clandestins dans leurs pays d’origine ! A Calais, par exemple, où les illégaux affluent par dizaines de milliers, seuls 613 Albanais, 161 Ukrainiens, 10 Moldaves, 8 Kosovars et 6 Turcs ont été éloignés depuis le 1er janvier, souvent vers l’Italie. Beaucoup reviennent. C’est un système absurde! On entretient une noria sans fin qui ne règle en rien le problème structurel de l’immigration clandestine subsaharienne. Il faut organiser des vols groupés vers les pays de provenance. Les reconduites doivent être effectives.

Propos recueillis par Jean-Marc Leclerc