«Qui a armé le bras d’Ahmed Hanachi ?» – Tribune du 5 octobre 2017

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Le Figaro – 5 octobre 2017
L’assassin qui a poignardé deux jeunes femmes au cri d’« Allah akbar » est, par définition, le coupable. Rien ni personne ne peut excuser l’acte meurtrier qui est le sien. Mais nous serions bien lâches d’en rester là, sans chercher les causes qui n’ont pas permis d’éviter l’horreur terroriste.
Pourquoi le tueur était-il libre de ses mouvements à la gare Saint-Charles dimanche alors qu’il avait été interpellé vendredi à Lyon ? Pourquoi cet individu, ressortissant étranger en situation illégale, connu à de multiples reprises par les services de police pour des faits de délinquance depuis plus de dix ans, n’avait-il toujours pas été expulsé vers son pays d’origine ? L’enquête judiciaire et celle de l’inspection générale de l’administration préciseront l’enchaînement des faits qui ont été rendus publics, jusqu’alors, par la presse.
Mais pour l’essentiel, déjà, la vérité se dévoile. Si l’assassin a frappé à Marseille, c’est parce que l’immigrationnisme l’a permis. C’est un scandale d’Etat.
Jamais la tragédie n’aurait dû surgir si la funeste idéologie de l’ouverture totale n’avait été à l’œuvre.
Cette doctrine considère que l’immigration est, en soi, une chance absolue pour la France; puisque l’immigration est regardée comme toujours positive, non seulement inéluctable mais surtout souhaitable, vouloir l’organiser, la réguler, la maîtriser serait déjà un mal ; vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal des «passions tristes» et des pensées interdites. Les immigrationnistes considèrent dès lors, que la politique doit reculer, car il n’y a pas de place pour le choix : il faut et il suffit d’applaudir au spectacle de la Providence, qui peu à peu gomme la frontière, efface la distinction du national et de l’étranger, et va même jusqu’à nier la différence entre l’illégal et le légal, puisqu’on régularise celui-là pour qu’il devienne celui-ci.
Depuis de trop longues années, cette idéologie imprègne les règles juridiques et les pratiques bureaucratiques relatives à l’entrée et au séjour des étrangers en France. Sous l’influence de jurisprudences européennes, de surcroît souvent surinterprétées à Paris, le législateur a consciencieusement empilé les procédures, pour être à peu près sûr que l’Etat se trouve bien incapable de lutter vraiment contre l’immigration illégale. Les derniers exemples de ce fléau, dûs au quinquennat de François Hollande, sont la loi du 31 décembre 2012 supprimant le délit de séjour irrégulier et celle du 14 mars 2016 systématisant l’intervention du juge des libertés et de la détention au début d’une procédure d’éloignement.
Accablés par un tombereau de contraintes administratives et juridictionnelles, les policiers et les agents des préfectures font ce qu’il leur est possible de faire – c’est-à-dire, hélas, pas grand-chose. Ils sont un peu comme le garçon de café, chez Sartre, qui joue à être un garçon de café : ils s’efforcent d’exister mais ils ne parviennent pas vraiment à être.
Aujourd’hui en France, on compte sans doute un demi-million de clandestins. Le ministère de l’intérieur refuse d’avancer un chiffre mais, il y a une dizaine d’années, il l’estimait entre 200 et 400 000. Le volume s’est nécessairement accentué. Car la machine à fabriquer des clandestins tourne à plein : le système de l’asile a créé, en cinq ans, 276 281 déboutés, dont 90% continuent à rester en France. S’y ajoutent, par milliers, des étrangers qui entrent en France avec un visa Schengen régulier mais s’y maintiennent illégalement. Sur la même période, la régularisation de 151 113 étrangers contribue paradoxalement à augmenter le nombre de clandestins, puisqu’elle alimente le marché des passeurs qui vendent à leurs victimes la perspective, aléatoire mais non nulle, de transformer l’illégal en légal.
Pendant ce temps, les préfets sont parvenus à éloigner 71 069 clandestins hors d’Europe. Mais ce chiffre diminue (moins 16% en 2016). Surtout, les éloignements effectués ne représentent qu’une très faible proportion des décisions prononcées : dans 85% des cas, la procédure échoue, soit empêchée par un juge (tribunal administratif ou juge des libertés et de la détention), soit abandonnée en raison d’une organisation déficiente (les centres de rétention administrative ne comptent qu’environ 1 800 places), soit obstruée par la mauvaise volonté des pays d’origine (refusant de délivrer un laissez-passer consulaire). Pire encore : les expulsions pour motifs d’ordre public sont faites au compte-goutte car l’Etat ne se donne même plus les moyens d’éloigner ceux qui, parmi les étrangers, commettent des actes de délinquance.
Ainsi va l’idéologie immigrationniste, qui domine les faiseurs de mauvaises lois, entrave l’Etat et le prive de sa pleine souveraineté. Là est le scandale, dans la résignation bureaucratique à accepter, au fond, que l’assassin de Marseille ait pu continuer à séjourner si longtemps sur notre territoire. La Marseillaise nous en a avertis : « ils viennent, jusque dans nos bras, égorger nos fils et nos compagnes ». Libérons-nous de cette emprise, vite. Restaurons l’autorité de la République et de la loi. Pour que vive la France. Et pour sauver des vies.
Guillaume Larrivé
Député de l’Yonne

« Sortir du chaos migratoire » – Tribune du 5 juillet 2017

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Le Figaro – 5 juillet 2017

Deux mille deux cent cinquante-sept. C’est le nombre des hommes, femmes et enfants qui ont disparu en tentant de traverser la Méditerranée pour émigrer vers l’Europe depuis le début de l’année. L’effrayante comptabilité en est scrupuleusement tenue par les services des Nations unies, comme pour signifier l’incurie des pouvoirs sans pouvoir face au chaos migratoire. La Méditerranée continue à pleurer des larmes de sang. Le chemin turco-grec a été coupé mais la voie italienne reste ouverte. Près d’un demi-million de migrants, essentiellement venus d’Afrique subsaharienne, sont ainsi entrés en Europe depuis dix-huit mois.

Quelques milliers seulement ont été raccompagnés chez eux par l’Agence européenne des gardes-frontières. Les autres viennent grossir les rangs des demandeurs d’asile. Parmi eux, quelques-uns sont de vrais combattants de la liberté qui seront légitimement reconnus et accueillis comme réfugiés ; mais la plupart seront des déboutés de l’asile, devenus des clandestins errant de ville en ville, dans le labyrinthe bureaucratique et juridique d’une Europe aboulique.

À l’Élysée, à Matignon comme au Palais Bourbon, le sujet n’est pas pensé. Le président de la République à Versailles, puis le premier ministre à l’Assemblée ont répété cette semaine les mêmes banalités polies, en forme d’injonction morale: la France doit rester fidèle à sa tradition d’asile. On nous promet, à cette fin, un plan d’action sous dix jours. L’inventivité limitée des administrations centrales permet hélas d’en deviner les contours. À Paris, la technocratie va essayer de réduire tel délai et de rallonger tel crédit, en espérant que le vieux système (préfectures, Office français de protection des réfugiés et apatrides, Cour nationale du droit d’asile, centres d’hébergement) tournera plus rapidement: Sisyphe habite place Beauvau. Et à Bruxelles, dès lundi, le ministre de l’Intérieur a discrètement accepté que la France prenne une plus grande part dans ce qui est appelé «la relocalisation des migrants». Au prétexte de soulager le fardeau de l’Italie, on encouragera nolens volens les professionnels de l’immigration clandestine, qui organisent les filières des nouveaux damnés de la Terre.

Comme si elle était hypnotisée par le macronisme triomphant, la droite française s’abstient: elle n’est ni pour, ni contre, bien au contraire, puisqu’elle s’excuse de tout et ne pense plus rien. Je ne me résous pas à cette lamentable abdication de la réflexion et de l’action. Au risque de déplaire aux gardiens zélés de la doxa, j’appelle ici à la définition d’une politique d’immigration, d’asile et de nationalité conforme à l’intérêt du peuple français.

Commençons par en assumer l’objectif, qui n’est pas seulement de surmonter une crise migratoire conjoncturelle, mais bien de rompre avec des décennies d’acceptation passive d’une immigration massive structurelle. Car tout est lié: l’embolie du système d’asile et l’explosion de l’immigration illégale vont de pair avec le dérèglement de l’immigration légale. Celle-ci a été accélérée, année après année, par un amas de règles juridiques toujours plus protectrices des droits individuels et toujours plus oublieuses du droit collectif de  l’État à choisir qui, en France, peut être accueilli au sein de la communauté nationale.

Pour sortir du chaos migratoire, la France devrait définir souverainement des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs fixés annuellement, dans un nouveau cadre constitutionnel ; subordonner l’autorisation d’immigrer en France à la capacité d’intégration à la société française ; restreindre l’immigration sociale, en précisant les contours de la solidarité nationale ; organiser le retour volontaire ou contraint des clandestins dans leurs pays d’origine ; refaire de l’assimilation le critère d’accès à la nationalité française.

Cette nouvelle politique nationale d’immigration serait d’autant plus puissante si la France parvenait à entraîner plusieurs pays européens dans une voie similaire, pour renforcer hardiment les capacités techniques de gestion des frontières, mais surtout pour généraliser des mesures de diminution structurelle de l’immigration, en conditionnant à cette fin la coopération avec les pays d’origine.

Tout cela ne pourrait advenir que si la lucidité politique et l’audace juridique n’étaient plus interdites. Le songe macroniste en éloigne encore notre pays. Jusqu’à ce que le réel revienne et que la France, un jour, se réveille.

« Notre devoir face au djihadisme » – Tribune du 21 décembre 2016

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Le Figaro – 21 décembre 2016

 

Comme tous les Français, je pense à nos amis allemands. La tristesse est là, immense. Mais on ne gagne pas une guerre avec des bougies. La solidarité avec le peuple allemand exige une expression sincère, une réflexion commune et une action nouvelle.

La réconciliation entre la France et l’Allemagne représente un bien précieux pour la paix, mais ce n’est pas la subordination d’un faible à un fort. Si l’alliance entre les Républicains et nos compagnons de la CDU est solide, elle ne saurait signifier l’alignement des uns sur les autres. Nous avons un devoir de vérité. Soyons fidèles à l’invitation de Charles Péguy: «Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit

La politique migratoire décidée par l’Allemagne à l’été 2015 a mis en danger le continent. Le «Willkommen» planétaire de la chancelière Merkel a été une erreur tragique. À l’heure de l’information numérique instantanée, cette déclaration a été perçue, par les passeurs et les trafiquants, comme un encouragement. Le résultat est catastrophique. En 2015, l’Europe a enregistré passivement 1,83 million de franchissements illégaux de ses frontières extérieures. Ce chiffre vertigineux représente plus de six fois celui de 2014. Et si le rythme s’est ralenti lors des dix premiers mois de 2016,le flux ne s’est pas tari: 332 492 entrées clandestines ont alors été enregistrées.

Pour comprendre pourquoi un tel déferlement migratoire avait été accepté par les autorités allemandes, je me suis rendu à Berlin, en janvier 2016, à la rencontre de nos homologues de la CDU. Remords historique, déclin démographique, besoin économique: il y a un peu de tout cela dans l’attitude de la Bundeskanzlerin. Cette décision nationale n’aurait pas dû être dictée au continent. Elle ne l’aurait pas été si le président de la République n’avait pas été à ce point effacé, suiviste et irréfléchi.

Les conséquences sont dramatiques. Pour la vie des migrants eux-mêmes, car la Méditerranée continue à pleurer des larmes de sang: ces trois dernières années, plus de 11 200 personnes ont disparu en tentant de la traverser. Et pour la sécurité des Européens. Nous savons que l’État islamique et d’autres groupes criminels organisent un trafic de vrais-faux passeports. Nous savons que la protection des frontières extérieures de l’Europe est structurellement faible. Nous savons que le système d’accueil des vrais réfugiés est détourné par des criminels. Nous savons que, parmi les réseaux terroristes qui ont frappé la France l’an passé, des individus avaient rejoint l’Europe en étant enregistrés en octobre 2015 comme migrants. Prétendre accueillir des centaines de milliers de ressortissants étrangers sans aucun contrôle d’identité fiable, sans garantie de sécurité, est une folie qui accélère l’importation, sur notre sol, de l’hyperviolence djihadiste.

À Paris comme à Berlin, une autre politique est nécessaire. Quand la maison brûle, on n’accueille pas de nouveaux invités, on essaie d’éteindre l’incendie. Je plaide pour une transformation sécuritaire qui passe par une diminution drastique de l’immigration. Le nombre de visas doit être plafonné. La plupart des flux d’immigration doivent être suspendus tant que nous n’aurons pas vaincu le totalitarisme islamique. Nous devons réaffirmer notre souveraineté, pour sauver des vies.

« Bruxelles : la facture de nos erreurs » – Tribune du 24 mars 2016

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 24 mars 2016

La somme des défaillances des dirigeants français et européens a concouru aux attentats successifs que nous subissons, explique le député les Républicains de l’Yonne, spécialiste des questions de sécurité et d’immigration.

Bruxelles

En 1940, « beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. » Ces quelques lignes de Marc Bloch dans L’Étrange Défaite sonnent, dans la France de 2016, comme un avertissement. Car la guerre d’aujourd’hui n’a pas plus été pensée que celle d’hier.

Au moins sept erreurs ont été commises.

Première erreur, historique : le déni, c’est-à-dire le refus de voir et de dire la réalité. Le psittacisme du « pas d’amalgame » a empêché les pouvoirs publics de comprendre que des partisans d’un islam politique nous avaient déclaré une guerre totale, avec les moyens de la terreur la plus barbare. À force de nous excuser d’exister (car nous, Français, sommes présumés doublement coupables d’un passé colonial et d’un présent discriminatoire), nos gouvernants ont nié jusqu’à l’existence d’ennemis. Ils se sont vautrés dans l’illusion moelleuse de la paix perpétuelle. Le président de la République a trop longtemps refusé de nommer ce qui était pourtant devenu notre premier ennemi, cette chose qui s’appelle elle-même « l’État islamique ». Il a littéralement fallu des années pour que, à son sommet, l’État commence à entrouvrir les yeux.

Deuxième erreur, stratégique : l’incapacité à choisir intelligemment des alliés, dans la zone irako-syrienne, pour vaincre l’État islamique. Le gouvernement français a eu le grand tort de faire du départ de Bachar el-Assad un préalable à une action décisive contre l’ennemi. Il n’a pas su définir, là-bas, une vraie priorité. À la décharge du président français, il n’a pas été aidé par la clairvoyance de son homologue américain. Barack Obama a tellement théorisé le « leadership from behind » qu’il a réussi à pratiquer le « no leadership, nowhere ». L’Occident a passivement laissé grossir l’État islamique, comme un cancer fulgurant, avant que l’intervention de Vladimir Poutine ne commence à freiner la propagation des métastases.

Troisième erreur, systémique : la naïveté française et européenne face au chaos migratoire. L’absurdité d’un système de libre circulation sans contrôle effectif éclate. La longue illusion d’un contrôle des frontières extérieures de l’Europe se paie chèrement. La difficulté à rétablir des contrôles aux frontières intérieures dignes de ce nom est patente. L’extrême faiblesse des échanges de données sur les flux de personnes circulant en Europe demeure très dangereuse – on le voit, depuis des mois, avec l’incapacité à faire avancer le fichier européen des passagers aériens, dénommé PNR (« passenger name record »), et l’absence d’interconnexion effective des fichiers de police entre pays membres.

Quatrième erreur, idéologique : la résignation face à l’échec de l’assimilation. De renoncements en relâchements, de démissions en compromissions, les pouvoirs publics ont laissé grandir, sur le sol national, des ennemis de l’intérieur. Ils haïssent la France. Ils méprisent les Français. Ils vomissent tout ce que nous chérissons. Ils se sont armés, préparés, organisés. Ils ont recruté et frappé. Et ils n’aspirent qu’à récidiver s’ils ne sont pas, à temps, mis hors d’état de nuire.

Cinquième erreur, pratique : le cloisonnement des dispositifs de renseignement. Nos services restent structurés selon la logique verticale du contre-espionnage, et non pas la logique horizontale du recueil, du partage et de l’analyse de l’information antiterroriste. La loi sur le renseignement votée en 2015 a certes permis de donner aux services de nouveaux instruments technologiques mais elle n’est pas une réponse à des failles organisationnelles qui apparaissent chaque jour plus nettement.

Sixième erreur, juridique autant que politique : la lâcheté face à la délinquance de droit commun, encouragée par le désarmement pénal. Sous le ministère Taubira, le gouvernement n’a pas voulu comprendre que terrorisme et délinquance n’étaient pas deux univers étanches. La vérité est que les terroristes islamistes sont le plus souvent des hybrides, commençant leur funeste carrière comme des racailles de droit commun. Les actions terroristes sont nourries par les trafics de stupéfiants et d’armes, revigorés par une impunité organisée, tant la chaîne pénale et pénitentiaire dysfonctionne. Les peines encourues sont rarement prononcées et plus rarement encore exécutées. Les mécanismes de réduction et d’aménagement de peine relèvent plus de la gestion immobilière d’un parc pénitentiaire sous-doté que d’une politique pénale effective.

Septième erreur, tragique : l’absence de constance dans l’effort. Dépourvu de toute réflexion stratégique, le microcosme politique n’anticipe pas les différentes étapes de la guerre. Il se contente de réagir par intermittence, en fonction des séquences d’émotion. L’effort de guerre n’est pas conduit dans la durée. Après cérémonies d’hommage, minutes de silence et démonstrations compassionnelles, la routine reprend vite le dessus. Dans ce théâtre d’ombres, on croit revoir les silhouettes des théologiens byzantins qui débattaient du sexe des anges au moment de la chute de Constantinople.

Chaque attentat est une bataille perdue qui nous éloigne de la victoire. Trop de temps a été gâché. Si nous voulons vraiment gagner la guerre, il est urgent de ne plus faire semblant.

Réveillons-nous !

« Contre l’immigrationnisme. Pour la France. » – Discours du 20 juillet 2015

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Examen du projet de loi
relatif au droit des étrangers

 

Discours de Guillaume Larrivé,

député de l’Yonne,

au nom du groupe « Les Républicains »,

lors de la séance publique du lundi 20 juillet 2015

Monsieur le président,

Monsieur le ministre de l’intérieur,

Mes chers collègues,

 

La France a-t-elle aujourd’hui une politique d’immigration conforme à l’intérêt national ? La discussion qui commence ce soir au Parlement n’aura pas été totalement inutile si elle nous permet d’aborder vraiment cette question.

Trop souvent en effet, le débat sur l’immigration est interdit avant même d’avoir commencé, enfermé qu’il est dans le conformisme de ceux qui se contentent de répéter des slogans ; cadenassé par l’immobilisme de ceux qui se complaisent dans les postures et les impostures ; verrouillé par le juridisme de ceux qui ont abdiqué toute volonté politique ; piégé par le moralisme de ceux qui jouent les censeurs et les professeurs de vertu.

De tout cela, l’Assemblée nationale devrait apprendre à se libérer. Ouvrons le débat sur l’immigration, mais ouvrons-le vraiment, dans un esprit de responsabilité et guidés par une seule exigence : l’intérêt national.

Au nom des Républicains, je veux ici, à la tribune de l’Assemblée nationale, dénoncer les deux idéologies qui dominent encore le « non-débat » sur l’immigration.

L’idéologie de la fermeture totale, d’abord, qui n’a pas de sens. Refuser toute mobilité, toute circulation des personnes, toute possibilité de migration, ce serait méconnaître l’histoire de notre pays ouvert sur le grand large. Plaider pour « l’immigration zéro », c’est-à-dire l’interdiction totale de l’installation de tout étranger partout en France serait aussi nier la réalité de la mondialisation.

Mais l’idéologie de l’ouverture totale est tout aussi absurde. Elle est plus dangereuse, car elle est sans doute encore dominante dans l’expression publique. Je veux la nommer en reprenant les mots très justes de Pierre-André Taguieff. Cette idéologie de l’ouverture totale, c’est « l’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants ». Les immigrationnistes pensent que l’immigration est, en soi, une chance pour la France. Et puisque pour ces dévots l’immigration est toujours positive, puisqu’elle est, à leurs yeux, non seulement inéluctable mais souhaitable, puisqu’elle va dans le sens de l’histoire, il est littéralement impensable selon eux de ne pas l’accepter comme un progrès. La politique doit dès lors reculer, car il n’y a pas de place pour la délibération et la décision, il n’y a pas de place pour le choix : il faut et il suffit selon eux d’applaudir au spectacle de la Providence qui peu à peu gomme la frontière, efface la distinction du national et de l’étranger.

L’immigrationnisme est un angélisme qui voue aux gémonies toute interrogation, toute préoccupation, toute réflexion et donc toute possibilité d’action sur les flux d’immigration. Si l’immigration est en soi un bien, vouloir l’organiser, la maîtriser, la réguler serait déjà un mal.

Et vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal de la pensée incorrecte.

Les immigrationnistes, eux, ont les mains propres, parce qu’ils n’ont pas de mains : à l’image des kantiens selon Charles Péguy, ils refusent de s’atteler au réel, préférant rester dans les nuées.

Notre conviction est qu’il faut rompre avec cette idéologie immigrationniste pour adopter une approche plus réfléchie, plus rationnelle, plus responsable, plus réaliste et in fine sans doute plus humaine, conforme à l’intérêt national.

Commençons, mes chers collègues, par regarder la réalité en face. La France de 2015 est traversée par de très graves tensions. Son marché du travail est bloqué. Elle n’a jamais dans l’histoire contemporaine compté autant de chômeurs qu’aujourd’hui. Ses finances publiques sont très contraintes.

Pour la première fois depuis 1945, la dette publique tangente les 100 % de la production nationale.

Le système éducatif est en panne : notre pays recule dans les classements internationaux.

L’ascenseur social est arrêté : les Français sont menacés par le déclassement et craignent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur.

La sécurité nationale est menacée : le terrorisme islamiste cible notre pays, qui n’est pas à l’abri des désordres du monde, et le sentiment national est devenu très incertain. Les revendications et les pratiques communautaristes s’affirment. Des quartiers entiers, livrés à des chefs de clan, dérivent en marge de la République. La communauté nationale s’interroge sur elle-même et, plus encore, sur les institutions politiques qui dirigent l’État.

Les Français doutent de notre capacité collective à poursuivre l’Histoire de France et à rester maîtres de notre destin.

Bien sûr, de ce malaise national, l’immigration massive n’est pas la seule responsable. Mais ce qui est irresponsable, c’est de penser que l’immigration doit encore augmenter, alors même que la communauté nationale est fragilisée, alors même que le marché du travail, les finances publiques, le système éducatif et l’ascenseur social sont bloqués.

Ce qui est irresponsable, c’est de ne pas voir que les immigrés eux-mêmes sont aussi les victimes de l’immigrationnisme. Je pense à ces hommes, ces femmes, ces adolescents, ces enfants venus du Sud, qui fuient la misère et parfois la tyrannie, espérant trouver en Europe des conditions de vie meilleure. Ils sont trop souvent les proies de nouveaux trafiquants d’esclaves, qui font l’indigne commerce de la vie des migrants. Endeuillée par les noyades, la Méditerranée pleure des larmes de sang.

Et parmi les migrants qui parviennent à rejoindre la France, combien y trouveront vraiment une vie meilleure ? Combien s’entasseront dans des logements insalubres, victimes des marchands de sommeil ? Combien seront relégués dans des quartiers-ghettos, privés d’avenir ? Combien rejoindront les rangs des chômeurs faute de maîtriser la langue française ou faute d’une formation ? Combien se verront refuser l’accès au marché du travail légal et seront condamnés à vivre de l’assistance sociale ou de petits trafics ? Combien s’enfermeront dans le communautarisme et le ressentiment contre un pays, le nôtre, qui n’est pas le leur ?

Voilà la réalité ! Voilà l’impasse tragique où conduit la fausse générosité des immigrationnistes !

Continuer à le nier, mes chers collègues, c’est ne rien comprendre au défi migratoire dans la France de 2015.

Partout, les préoccupations montent. Partout, l’exaspération gronde, dans tous les territoires de France, dans tous les départements dont nous sommes ici la représentation. Il faut savoir percevoir cette protestation encore silencieuse. Il faut l’entendre.

Pour y répondre, notre premier devoir est de réaffirmer, sans crainte, sans faiblesse, ce qu’est la France. Nous n’avons pas à nous excuser d’être ce que nous sommes. Nous pouvons en être fiers. Nous sommes les héritiers d’une histoire millénaire, une histoire à apprendre et à aimer, celle du sacre de Reims comme celle de la fête de la Fédération, celle des rêves d’empire lointain comme celle des petits bonheurs quotidiens.

Nous sommes les dépositaires d’un art de vivre, d’une langue et, au fond, d’une certaine idée de la civilisation. Nous sommes un État-nation, qui participe à l’Union européenne, bien sûr, et qui entend en demeurer un acteur majeur, mais qui veut aussi rester un État indépendant et souverain. Nous sommes une démocratie, qui doit agir au nom du peuple français. Nous sommes un État de droit, qui a pour règle de respecter et de faire respecter ses lois. Nous sommes une République, qui veut décider pour elle-même et n’abandonne pas le projet du bien commun.

Ce ne sont pas là que des mots et je ne m’éloigne pas du projet de loi que vous nous soumettez, bien au contraire. Car si la France est toujours un État-nation, si la France est toujours une démocratie, si la France est toujours un État de droit, si la France est toujours une République, alors la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir sur son territoire.

La France a le droit de refuser qui elle ne souhaite pas accueillir sur son territoire.

La France a le droit de définir et de mettre en œuvre une politique volontariste, active, courageuse, déterminée de diminution de l’immigration, conforme à l’intérêt national, c’est-à-dire à l’intérêt des Français.

Est-ce le cas aujourd’hui ? Monsieur le ministre, mesdames et messieurs les députés de la majorité, avez-vous vraiment une politique de l’immigration ?

Vous avez, en tout cas, une pratique, qui est celle de l’augmentation de l’immigration. Puisque, monsieur le ministre, vous nous avez incités à être précis, je vais très précisément citer les derniers chiffres mis en ligne par votre ministère le 9 juillet sur le site de votre administration.

Tous les indicateurs montrent une augmentation massive de l’immigration vers la France au cours des trois dernières années. Le nombre total de visas délivrés par les ambassades et les consulats a augmenté, en trois ans, de 32 %, passant de 2 132 968 en 2011 à 2 817 670 en 2014.

Ce chiffre, sans doute, suscite le trouble, mais il est exact.

Sur la même période, monsieur Le Bouillonnec, le nombre des visas de long séjour, c’est-à-dire des visas d’immigration, permettant une installation durable en France, a augmenté de 6,1 %. Le nombre de cartes de séjour délivrées par les préfets, c’est-à-dire le nombre d’installations légales en France, a augmenté de 8 %. Parmi ces admissions au séjour, l’immigration familiale, qui représente près de la moitié des flux, a augmenté de 13,3 %. Le regroupement familial stricto sensu – les admissions de membres de la famille – a augmenté de 55 %.

Je ne parle pas là de mariages, je parle de regroupement familial stricto sensu.

Parallèlement, le nombre d’étrangers en situation illégale, c’est-à-dire de clandestins, ne cesse lui aussi d’augmenter. On le voit à l’échelle du continent, l’immigration clandestine explosant aux frontières extérieures de l’Europe : vous l’avez rappelé, monsieur le ministre, 137 000 immigrés ont traversé la Méditerranée au premier semestre 2015. Le dernier rapport de l’agence FRONTEX, publié il y a quelques jours, montre que les entrées clandestines en Europe ont augmenté de plus de 180 % au premier trimestre 2015 par rapport à 2014. Je sais, monsieur le ministre, que vous n’êtes pas restés les bras ballants et que vous avez pris, avec votre homologue allemand Thomas de Maizière, un certain nombre d’initiatives pour commencer à faire bouger les lignes au sein du Conseil « Justice et affaires intérieures », ou conseil JAI.

L’augmentation de l’immigration clandestine en France n’en reste pas moins, hélas, une évidence. On peut l’évaluer – je parle sous le contrôle de Claude Goasguen et de Philippe Goujon – à partir du nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État, l’AME, qui a augmenté de plus de 35 %.

C’est une réalité. Et l’on sait que les détournements du système d’asile en ont fait une machine à fabriquer près de 50 000 clandestins supplémentaires chaque année.

Pendant que l’immigration augmente, l’intégration recule. Là encore, monsieur le ministre, les chiffres sont précis. Selon une étude publiée par l’OCDE voici quelques jours, le taux d’emploi des immigrés arrivés depuis moins de cinq ans en France est inférieur de vingt-cinq points à celui des personnes nées dans notre pays, contre douze points en moyenne en Europe.

Quarante-trois pour cent des immigrés d’âge actif, contre 29 % dans l’ensemble de l’OCDE, ne sont pas ou sont peu diplômés.

Enfin et surtout, mes chers collègues, 43 % des immigrés d’âge actif sont sans emploi en France, soit près de la moitié des personnes immigrées en âge de travailler ! Monsieur le ministre, ce n’est pas le groupe Les Républicains qui le dit, ce n’est pas un propos de congrès : c’est une statistique de l’OCDE publiée voici quelques jours dans toute l’Europe !

Voilà la vérité ! Le chaos migratoire produit du désespoir et ce n’est hélas pas votre projet de loi qui permettra d’en sortir.

En effet, vous faites très exactement le contraire de ce que serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national.

otre texte constitue un contresens – Thierry Mariani développera ce point en défendant une motion de renvoi en commission au nom de notre groupe. Nous nous y opposerons article après article, alinéa après alinéa. Nous combattrons tout autant les divers amendements de la majorité qui ne font qu’en aggraver les défauts.

Vous allez d’abord augmenter l’immigration vers la France en multipliant de fait les facilités d’obtention des divers titres de séjour, comme si l’urgence était d’accélérer l’entrée en France de nouveaux flux d’immigrés.

En outre vous allez compliquer les retours des clandestins vers leur pays d’origine en rendant plus difficile le placement dans les centres de rétention administrative permettant l’éloignement effectif des étrangers en situation illégale – sur ce point, monsieur le ministre, vous me donnez le sentiment d’être contraints de céder face à l’aile gauche de la majorité.

Enfin, et surtout, vous refusez d’aborder les vrais solutions qui permettraient de rompre avec le chaos migratoire.

Nous vous proposons quant à nous une toute autre politique. Il est peu probable que vous l’adoptiez dès ce soir mais elle est, du point de vue du groupe Les Républicains, conforme à l’intérêt de la France. Avec mes collègues, notamment Guy Geoffroy, nous défendrons, à travers une soixantaine d’amendements, des mesures qui, demain, pourront constituer le socle d’une nouvelle politique de diminution de l’immigration.

En effet, nous assumons dans la France de 2015 la volonté de réduire l’immigration, ce qui suppose une véritable refondation de nos instruments juridiques.

Cinq ruptures nous semblent souhaitables et même nécessaires.

La première consisterait à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs.

Puisque la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir et qui elle souhaite refuser sur son territoire, il faut que nous nous en donnions la capacité juridique. Nous proposons donc que l’Assemblée nationale ait demain le pouvoir de fixer chaque année le nombre d’étrangers admis à immigrer en France. Le Gouvernement serait chargé d’assurer le respect des plafonds ainsi définis par la représentation nationale. Ainsi, un visa de long séjour pourrait être refusé par un consulat ou une carte de séjour par un préfet lorsque le contingent annuel serait dépassé. La demande devrait être alors examinée l’année suivante.

Ces plafonds s’appliqueraient à chacune des catégories de séjours à l’exception, bien sûr, des réfugiés politiques, lesquels relèvent d’une autre logique et d’un autre droit : celui de l’asile.

Ainsi le regroupement familial serait contingenté, ce qui suppose bien entendu de supprimer les dispositifs légaux de rapprochement familial des clandestins qui aboutissent contre toute logique à légaliser les contournements de la procédure de regroupement familial.

La deuxième rupture, mes chers collègues, sera de conditionner l’autorisation d’immigrer en France à la capacité d’intégration à la société française, qui doit être vérifiée dans le pays d’origine.

C’est là une vraie différence d’approche entre la majorité et le groupe Les Républicains : nous pensons qu’il ne faut pas attendre l’installation en France pour tenter vainement, à grand renfort de dépenses publiques, de faciliter l’intégration de personnes qui n’en ont malheureusement pas la capacité. C’est avant la délivrance des visas de long séjour, et comme condition de leur obtention, que le candidat à l’immigration doit faire la preuve de sa capacité d’intégration à la société française.

À l’inverse, le projet de loi va jusqu’à supprimer les dispositifs d’apprentissage de la langue française que la loi votée en 2007 à l’initiative du ministre Brice Hortefeux avait institués en amont de la délivrance de visas aux candidats à l’immigration familiale.

Nous pensons, madame Mazetier, que c’est préalablement à la délivrance d’un visa de long séjour que trois éléments devraient être réunis.

D’abord, l’étranger devra justifier d’une connaissance suffisante de la langue française – à charge pour lui de s’y former à ses frais, et non à ceux du contribuable.

De même, le candidat à l’immigration devra adhérer aux valeurs de la République et aux valeurs essentielles de la société française.

Dans le même temps, il devra apporter dans le pays d’origine la preuve de sa capacité à exercer une activité professionnelle ou, s’il n’envisage pas de travailler en France, de son autonomie financière.

La troisième rupture consistera à revoir les conditions dans lesquelles les étrangers résidant en France accèdent aux prestations sociales. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit bien sûr avoir accès à la même assurance sociale pour le protéger des risques liés aux accidents du travail, au chômage, à la maladie et à la vieillesse.

Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date.

C’est pourquoi nous proposons, en particulier, de restreindre l’accès aux allocations familiales et au logement social en les conditionnant à au moins cinq années de résidence légale en France.

La quatrième rupture sera de faciliter le retour des clandestins dans leur pays d’origine.

La naïveté des amendements socialistes et des propos des rapporteurs sur ce point réjouira hélas les passeurs et les trafiquants qui exploitent la misère des quelques 400 000 ou 500 000 clandestins installés en France.

Je le dis très solennellement car je crains que, dans les mois qui viennent, les faits ne me donnent raison : il serait totalement irresponsable, monsieur le ministre, de durcir les conditions procédurales, administratives et juridictionnelles dans lesquelles les préfets peuvent depuis la loi de 2011, ordonner le placement et le maintien dans des centres de rétention administrative.

Ma conviction est qu’il faut faciliter l’utilisation de ces centres en portant la durée maximale de rétention administrative de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée, comme le président Jean-Jacques Urvoas le sait. Elle est de dix-huit mois en Allemagne.

Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec tous les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Nous proposons parallèlement d’expérimenter un plan de retour volontaire vers les pays en voie de développement dans le cadre d’accords à négocier avec les pays d’origine selon un principe simple et clair : pas de visas et pas d’aide publique au développement sans retour effectif des clandestins.

La cinquième et dernière rupture pourra s’appliquer à la fin du parcours d’immigration, c’est-à-dire lors de l’éventuel accès à la nationalité française.

Vous avez choisi de ne pas aborder ces questions dans ce projet de loi et vous vous en êtes expliqué, monsieur le ministre, dans une tribune publiée par un grand quotidien du matin. Pourtant, la politique d’immigration ne peut se désintéresser de l’aboutissement d’un parcours qui peut conduire l’étranger à devenir pleinement membre de la communauté nationale via l’acquisition de la nationalité française.

Au plan juridique d’ailleurs, contrairement à ce qu’on peut lire ici et là, le droit de l’entrée et du séjour des étrangers en France et le droit de la nationalité sont étroitement liés. Il est de ce point de vue très significatif qu’un des tout premiers articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile – l’article L. 111-5 – fasse le lien avec le code civil en prévoyant que « tout étranger, quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient en raison de son séjour en France, peut acquérir la nationalité française dans les conditions prévues par le […] code civil. »

Alors faut-il revoir ces conditions ? À titre personnel, je crois que c’est nécessaire pour renforcer la cohésion de notre communauté nationale en donnant toute sa force au principe d’assimilation à la communauté française, qui a été inscrit dans le code civil en 1945, lors de la refondation de la République. Car, mes chers collègues, c’est l’ordonnance du 19 octobre 1945, issue du programme national de la Résistance, qui a précisé à l’article 21-24 du code civil : « Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française. »

Tous ceux qui, ne sachant rien ou ne voulant rien savoir, répètent à l’envi que l’assimilation n’a rien à voir avec la République française, ne connaissent rien du code civil, de l’histoire de la nationalité française et de la refondation de la République en 1945.

Pour appliquer ces principes et pour les faire vivre pleinement dans la France de 2015, il faudra d’abord abroger la circulaire de Manuel Valls qui donne instruction à l’administration d’augmenter le nombre des naturalisations. Le pouvoir socialiste a commis là encore un contresens en prétendant que la naturalisation facilite l’intégration, alors qu’elle doit être, au contraire, le résultat de l’assimilation.

Il me semble nécessaire, en outre, de faire évoluer le droit du sol vers ce que j’appelle « le devoir du sol ».

Aujourd’hui, le droit du sol permet à tous les étrangers nés en France de devenir Français même s’ils ne le veulent pas, même s’ils sont clandestins, même s’ils commettent des délits, même s’ils s’enferment dans le communautarisme et refusent toute assimilation à la communauté nationale.

Avec le « devoir du sol », l’étranger né en France ne deviendra Français, à dix-huit ans, que s’il assume son devoir envers la République française. Son devoir, c’est d’abord d’affirmer clairement sa volonté d’être Français ; son devoir, c’est aussi de respecter pleinement les lois et les valeurs de la République.

Au plan juridique, cela s’écrit très bien : l’étranger né en France bénéficierait d’une présomption d’assimilation qui n’existe pas dans la procédure de naturalisation. Il deviendrait Français, d’une part, s’il en manifeste la volonté, d’autre part, si l’État ne s’y oppose pas.

Les trois causes d’opposition pourraient être l’irrégularité du séjour, la condamnation pour des faits de délinquance et tout autre motif de non-assimilation comme, par exemple, le port du voile intégral.

Ce « devoir du sol » s’appliquerait partout en France, en métropole comme en outre-mer et vaudrait pour tous les étrangers, pour les Européens comme pour les ressortissants des pays tiers.

Monsieur le président, monsieur le ministre de l’intérieur, mes chers collègues, nous débattrons de tout cela sérieusement et sereinement dans les heures à venir.

Notre responsabilité, c’est de sortir du chaos migratoire. Ma conviction est que la refondation d’une politique nationale d’immigration est une nécessité impérieuse, qui passe assurément par de vraies ruptures législatives et qui nécessitera sans doute aussi demain, j’en suis pleinement convaincu, une évolution de notre cadre constitutionnel.

Cette nouvelle politique devra aussi mobiliser de nouveaux instruments européens, non seulement pour renforcer nos capacités techniques de gestion des frontières extérieures de l’Europe mais aussi pour adopter à l’échelle du continent – en tout cas des pays que la France serait capable d’entraîner – et dans le cadre d’un vrai dialogue avec les pays d’origine, des mesures communes permettant de diminuer structurellement l’immigration vers l’Europe.

Vous l’avez compris : en plaidant ainsi pour une nouvelle politique de diminution de l’immigration, je ne puis que vous inviter aujourd’hui à rejeter un projet de loi qui nous paraît directement contraire à l’intérêt de la France et des Français.

« Je propose un plan de retour volontaire » – Entretien du 20 juillet 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 20 juillet 2015VA

Droit des étrangers. Le projet de loi portant sur les droits des étrangers entre en discussion ce lundi à l’Assemblée nationale. Pour Guillaume Larrivé, l’orateur des Républicains dans l’hémicycle, « Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. » Entretien.

VA. Le gouvernement cherche-t-il à cacher son projet, en décidant d’inscrire ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale à la fin du mois de juillet, juste avant les vacances ?

Guillaume Larrivé. Ce n’est pas le problème principal. L’Assemblée nationale siège en session extraordinaire. Les députés ont le devoir de travailler. Ceux qui sont déjà en vacances assument-ils vraiment le mandat qui leur a été confié par le peuple français ?

Notre mission, c’est de combattre les socialistes dans l’Hémicycle, pas de faire des pâtés de sable au bord de la mer !

Il est tout à fait possible de débattre d’un projet de loi au mois de juillet et de prendre quelques jours de vacances au mois d’août. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le gouvernement profite de la faiblesse parlementaire pour essayer de faire adopter son texte en catimini.

VA. Sur quoi vous fondez-vous pour dénoncer le fait que l’immigration légale ne cesse de progresser en France depuis trois ans ?

Guillaume Larrivé. J’ai lu attentivement les derniers chiffres du ministère de l’intérieur. Dans les trois dernières années, tous les indicateurs démontrent l’augmentation massive de l’immigration vers la France. Le nombre total de visas délivrés par les ambassades et les consulats a augmenté, en trois ans, de +32%. Sur la même période, le nombre des visas d’immigration permettant une installation durable en France, c’est-à-dire les visas de long séjour, a augmenté de +6,1%. Le nombre de cartes de séjour délivrées par les préfets, c’est-à-dire le nombre d’installations légales en France, a augmenté de +8%. Parmi ces admissions au séjour, l’immigration familiale, qui représente près de la moitié des flux, a augmenté de +13,3%. Le regroupement familial stricto sensu a augmenté de +55%.

Parallèlement, le nombre d’étrangers en situation illégale, c’est-à-dire le nombre de clandestins, ne cesse lui aussi d’augmenter. On le voit à l’échelle du continent, puisque l’immigration clandestine explose aux frontières extérieures de l’Europe : 137 000 immigrés ont traversé la Méditerranée au premier semestre 2015. Le dernier rapport de l’agence FRONTEX montre que les entrées clandestines en Europe ont augmenté de +180% au premier trimestre 2015 par rapport à 2014. Et l’augmentation de l’immigration clandestine en France est, hélas, une évidence. On peut l’évaluer en comptabilisant le nombre de bénéficiaires de l’AME, qui a augmenté de +35%. Et l’on sait que les détournements du système d’asile sont devenus une machine à fabriquer près de 50 000 clandestins supplémentaires chaque année.

Pendant que l’immigration augmente, l’intégration recule. Il faut lire l’étude publiée par l’OCDE voici quelques jours.

Le taux d’emploi des immigrés récents, arrivés depuis moins de cinq ans en France, est inférieur de près de 25 points à celui des personnes nées dans notre pays, contre 12 points en moyenne en Europe. 43% des immigrés d’âge actif (contre 29% dans l’OCDE) ne sont pas ou sont peu diplômés. C’est aussi le cas de 23% des jeunes nés en France et ayant deux parents immigrés, contre 12% dans l’OCDE. En France, 43% des immigrés d’âge actif sont sans emploi. Voilà la triste réalité !  Le chaos migratoire produit du désespoir.

VA. Dans ces conditions, la France peut-elle encore  se permettre de favoriser l’accueil d’immigrés sur son sol ?

Guillaume Larrivé. Il faut une vraie rupture, car la France de 2015 est traversée par de graves tensions. Le marché du travail est bloqué : dans l’histoire contemporaine de la France, il n’y jamais eu autant de chômeurs qu’aujourd’hui. Les finances publiques sont très contraintes : pour la première fois depuis 1945, la dette publique tangente les 100% de la production nationale. Le système éducatif est en panne : notre pays recule dans les classements internationaux. L’ascenseur social est arrêté : les Français sont menacés par le déclassement et craignent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. La sécurité nationale est menacée : le terrorisme islamiste cible notre pays, qui n’est pas à l’abri des désordres du monde. Et le sentiment national est devenu très incertain. Les revendications et les pratiques communautaristes s’affirment. Des quartiers entiers, livrés à des chefs de clans, dérivent en marge de la République.  La communauté nationale s’interroge sur elle-même et, plus encore, sur les institutions politiques qui dirigent l’Etat. Les Français doutent de notre capacité collective à poursuivre l’Histoire de France et à rester maîtres de notre destin.

De ce malaise national, l’immigration massive n’est évidemment pas la seule responsable. Mais ce qui est irresponsable, c’est de penser que l’immigration doit encore augmenter !

VA. Ne faut-il pas casser la vision angélique selon laquelle la France a besoin d’immigrés et que nos traditions doivent nous conduire à continuer d’en accueillir toujours davantage ?

Guillaume Larrivé. L’idéologie de l’ouverture totale est absurde. Et elle est dangereuse, car elle est dominante dans l’expression publique. Je veux la nommer, en reprenant les mots très justes qui sont ceux de Pierre-André Taguieff. Cette idéologie de l’ouverture totale, c’est « l’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants ». Les immigrationnistes postulent que l’immigration est, en soi, toujours une chance pour la France. Et puisque ces dévots regardent l’immigration comme toujours positive, puisqu’elle est, à leurs yeux, non seulement inéluctable mais souhaitable, puisqu’elle va dans le sens de l’histoire, il est littéralement impensable de ne pas l’accepter comme un progrès. L’immigrationnisme est un angélisme qui voue aux gémonies toute interrogation, toute préoccupation, toute réflexion et donc toute action sur les flux d’immigration. Si l’immigration est en soi un bien, vouloir l’organiser, vouloir la maîtriser, vouloir la réguler serait déjà un mal. Et vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal de la pensée incorrecte. Les immigrationnistes, eux, ont les mains propres, parce qu’il n’ont pas de mains : ils sont à l’image de ceux que Charles Péguy disait des kantiens, ils refusent de s’atteler au réel, ils préfèrent rester dans les nuées. Et cette fausse générosité produit évidemment des drames : les immigrés eux-mêmes sont aussi les victimes de l’immigrationnisme. Combien s’entasseront dans des logements insalubres, victimes des marchands de sommeil ? Combien seront relégués dans des quartiers-ghettos, privés d’avenir ? Combien rejoindront les rangs des chômeurs, sans maîtrise de la langue française et sans formation ? Combien se verront refuser l’accès au marché du travail légal, condamnés à vivre ou survivre de l’assistance sociale et de petits trafics ?

Ma conviction est qu’il faut rompre avec cette idéologie immigrationniste, pour adopter une approche plus réfléchie, plus rationnelle, plus responsable, plus réaliste, conforme à l’intérêt national.

La vérité, c’est que la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir sur son territoire. La France a le droit de refuser qui elle ne souhaite pas accueillir sur son territoire. La France a le droit de définir et de mettre en œuvre une politique de diminution de l’immigration conforme à l’intérêt national, c’est-à-dire à l’intérêt des Français.

VA. Vous êtes en pointe contre le projet de loi présenté par le gouvernement. Que dénoncez-vous ?

Guillaume Larrivé. Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. Ce projet de loi est un contre-sens, aggravé par les amendements des députés de la majorité. Les socialistes vont, d’abord, augmenter encore l’immigration vers la France, en multipliant les facilités d’obtention des diverses cartes de séjour, comme si l’urgence était d’accélérer l’entrée en France de nouveaux flux d’immigrés. Ils vont, ensuite, compliquer les retours des clandestins vers leurs pays d’origine, en rendant plus difficile le travail des préfets et des policiers, en empêchant le placement et le maintien dans les centres de rétention administrative qui permettent l’éloignement effectif des étrangers en situation illégale.

Les socialistes refusent, enfin et surtout, d’aborder les vrais sujets qui permettraient de rompre avec le chaos migratoire.

VA. Vous allez défendre 60 amendements. Que proposez-vous ?

Guillaume Larrivé. Une rupture totale avec les pratiques actuelles me semble absolument nécessaire. La première rupture, c’est celle qui consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Je propose que l’Assemblée nationale ait le pouvoir de décider, chaque année, du nombre d’étrangers admis à immigrer en France. Ces plafonds s’appliqueront à chacune des catégories de séjour – à l’exception des réfugiés politiques qui relèvent d’une autre logique, celle de l’asile. Ainsi, le regroupement familial sera contingenté – ce qui suppose, évidemment, parallèlement de supprimer les dispositifs légaux de « rapprochement familial des clandestins », qui consistent, contre toute logique, à légaliser les contournements de la procédure de regroupement familial.

La deuxième rupture sera de conditionner l’autorisation d’immigrer en France à la capacité d’intégration à la société française, qui doit être vérifiée dans le pays d’origine. Il ne faut pas attendre l’installation en France pour tenter vainement, à grand renfort de dépenses publiques, de faciliter l’intégration de personnes qui n’en ont malheureusement pas la capacité. C’est avant la délivrance des visas de long séjour, et comme condition de leur obtention, que le candidat à l’immigration doit faire la preuve de sa capacité d’intégration à la société française. L’étranger devra justifier d’une connaissance suffisante de la langue française, adhérer aux valeurs essentielles de la société française et apporter la preuve de sa capacité à exercer une activité professionnelle, ou, s’il n’envisage pas de travailler en France, de son autonomie financière.

La troisième rupture consistera à revoir les conditions dans lesquelles les étrangers en France accèdent aux prestations sociales. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir accès à la même assurance sociale, pour le protéger des risques liés aux accidents du travail, au chômage, à la maladie et à la vieillesse. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose, en particulier, de restreindre l’accès aux allocations familiales et au logement social, en le conditionnant à au moins cinq années de résidence légale en France.

La quatrième rupture permettra de faciliter le retour des clandestins dans leurs pays d’origine. La naïveté des amendements socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des quelque 400 000 ou 500 000 clandestins installés en France. Ma conviction est qu’il faut faciliter l’utilisation des centres de rétention administrative, en faisant passer la durée maximale de rétention de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec tous les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Je propose, parallèlement, d’expérimenter un plan de retour volontaire vers les pays en voie de développement, dans le cadre d’accords à négocier avec les Etats des pays d’origine selon un principe simple et clair : « pas de visas et pas d’aide publique au développement sans retour des clandestins ».

VA. Est-ce que le droit de la nationalité doit lui aussi être revu ?

Guillaume Larrivé. Oui, je crois nécessaire de revoir les conditions d’accès à la nationalité française, pour renforcer la cohésion de notre communauté nationale, en donnant toute sa force au principe d’assimilation qui a été inscrit dans le code civil lors de la refondation de la République, en 1945.

Il faudra, d’abord, abroger la circulaire de Manuel Valls qui a donné instruction à l’administration d’augmenter le nombre des naturalisations. Le pouvoir socialiste a commis là encore un contre-sens, en prétendant que la naturalisation facilite l’intégration, alors qu’elle doit être, au contraire, le résultat de l’assimilation.

Il me semble nécessaire, en outre, de faire évoluer le « droit du sol » vers ce que j’appelle  le « devoir du sol ». Aujourd’hui, le « droit du sol » permet à tous les étrangers nés en France de devenir Français, même s’ils ne le veulent pas, même s’ils sont clandestins, même s’ils commettent des délits, même s’ils s’enferment dans le communautarisme et refusent toute assimilation à la communauté nationale. Avec le « devoir du sol », demain, l’étranger né en France ne deviendra Français, à 18 ans, que s’il assume son devoir envers la République française. Son devoir, c’est d’abord d’affirmer clairement la volonté d’être Français. Son devoir, c’est aussi de respecter les lois et les valeurs de la République. Ce « devoir du sol » s’appliquerait partout en France (en métropole comme en outre-mer) et pour tous les étrangers (les Européens comme les ressortissants des pays tiers).

Ma conviction est que ces questions doivent être examinées sérieusement. Le débat sur l’immigration doit être libéré du carcan politiquement correct !

« Le droit d’asile est devenu une machine à produire des clandestins » – Entretien du 23 juillet 2014

Entretien avec Guillaume Larrivé – FigaroVox – 23 juillet 2014figaro-voxjpg-110289

FIGAROVOX/ENTRETIEN- Guillaume Larrivé réagit au projet de réforme du droit d’asile proposé par Bernard Cazeneuve en Conseil des ministres. Pour le député de l’Yonne, s’il y a urgence à réformer le système, il faut faire attention à ne pas encourager les filières clandestines.

Figarovox: Manuel Valls avait affirmé quand il était place Beauvau que la réforme du droit d’asile était une «priorité». Etes-vous d’accord?

Guillaume Larrivé: Comme tous les Républicains, je suis attaché au respect du droit d’asile, qui est censé permettre l’accueil des réfugiés politiques, c’est-à-dire des combattants de la liberté. «Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République»: c’est l’essence même du droit d’asile, que le préambule de la Constitution de 1946 a rappelé, fidèle à l’héritage de la Révolution française et annonçant la Convention de Genève. Chaque année, environ 10 000 personnes sont légitimement accueillies à ce titre et se voient reconnaître le statut de réfugié politique, soit par l’administration (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, OFPRA), soit par le juge (Cour nationale du droit d’asile, CNDA).

Le problème est que, parallèlement, des dizaines de milliers de candidats à l’immigration clandestine, qui ne sont pas de vrais réfugiés politiques, détournent les procédures d’asile pour se maintenir illégalement en France. Les délais d’examen sont très longs: il faut souvent plus de deux ans pour obtenir une réponse. Pendant tout ce temps, ces personnes s’installent en France. Et lorsqu’elles sont déboutées, c’est-à-dire lorsqu’elles sont reconnues comme n’étant pas des réfugiés politiques, elles s’installent le plus souvent dans la clandestinité. Le système d’examen des demandes connaît, dès lors, une sorte de thrombose. Il est devenu une machine à produire plus de 50 000 clandestins par an!

F – Le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 53% depuis 2008 en France. Quelles sont les raisons de cette augmentation? D’où viennent la plupart des demandeurs?

GL – Les désordres du monde alimentent les demandes. Et les filières d’immigration clandestine, liées à la criminalité organisée, ont pris en otage le système français d’asile. Nous sommes devenus, juste après l’Allemagne, le deuxième pays européen de destination des demandes.

En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes: 45 925 ont été faites pour la première fois par des adultes, 14 536 ont été présentées par des mineurs les accompagnants et 5 790 sont des demandes de réexamen, formées par des personnes ayant déjà fait l’objet d’un refus. Le Bangladesh (4 322 demandes), la République démocratique du Congo (4 286), le Kosovo (3 862), l’Albanie (3 338), la Russie (3 064), le Sri Lanka (2 395) et la Chine (2 294), constituent, à l’OFPRA, les flux les plus importants, devant la Guinée (2 041), le Mali (1 380) et l’Algérie (1 256).

F – Délais interminables, hébergements saturés, demandes de plus en plus nombreuses: le principal problème du droit d’asile en France n’est-il pas un défaut de moyens?

GL – La capacité de l’OFPRA et de la CNDA à traiter les demandes doit continuer à être améliorée. Mais je ne crois pas du tout qu’il faille augmenter indéfiniment les budgets consacrés à l’examen des demandes d’asile, au moment même où les finances de l’Etat ne sont pas très loin de la faillite… Les crédits consacrés au système d’asile ont explosé ces dernières années. Je citerai un seul chiffre, celui du budget consacré à l’allocation temporaire d’attente (ATA), versée aux demandeurs d’asile: plus de 140 millions d’euros en 2013, c’est-à-dire trois fois plus qu’en 2007. Ce n’est pas d’une augmentation globale de moyens dont le système d’asile a besoin, mais d’une véritable révolution des procédures.

F – Le projet de loi porté par Bernard Cazeneuve, qui a pour objectif de «désengorger le système d’asile» vous parait-il aller dans le bon sens?

GL – Je ne doute pas que Bernard Cazeneuve, qui est un ministre de l’Intérieur sérieux et réfléchi, essaie de présenter un projet de loi utile. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je suis d’accord avec lui sur un point: il faut raccourcir les délais d’examen des demandes. Je suis plus réservé lorsqu’il dit vouloir lutter contre la concentration géographique de la demande d’asile, car je ne suis pas du tout convaincu que le système marchera mieux lorsque des villes moyennes, comme Auxerre par exemple, accueilleront demain des dizaines ou des centaines de demandeurs! Et je suis en désaccord total lorsqu’il veut généraliser les possibilités de recours juridictionnels suspensifs: concrètement, cela signifie qu’une personne déboutée plusieurs fois pourra indéfiniment faire de nouvelles demandes et de nouveaux recours devant le juge sans jamais être reconduite dans son pays d’origine! C’est un signal d’encouragement aux filières d’immigration clandestine! C’est le contraire de ce qu’il faut faire. Il est nécessaire de faire évoluer le droit pour qu’une décision de rejet de la demande d’asile (par l’OFPRA ou, en cas de recours, par la CNDA) vaille obligation de quitter le territoire. Je présenterai à l’Assemblée nationale des amendements en ce sens. Et j’appelle le ministre de l’Intérieur à défendre cette position à Bruxelles. Il faut faire bouger les lignes!

F- Selon vous, le droit d’asile est-il attribué trop facilement en France? Selon quels critères devrait-il être accordé?

GL – Toute la difficulté est de continuer à accueillir les réfugiés politiques, qui sont des combattants de la liberté, tout en parvenant à expulser les déboutés, qui sont des candidats à l’immigration clandestine. Aujourd’hui, la France est perçue, par les demandeurs, comme un pays extrêmement attractif pour tous ceux qui souhaitent bénéficier des aides sociales et d’une perspective de régularisation. Il faut être beaucoup plus rigoureux! Les signaux envoyés par le gouvernement de François Hollande sont perçus, hélas, comme une incitation à l’immigration illégale: lorsque les ministres prennent des circulaires pour ordonner aux préfets de régulariser toujours plus de clandestins, il ne faut pas s’étonner que le nombre de demandes explose !

« Immigration : les erreurs de Hollande » – Tribune du 19 juillet 2012

Tribune de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 19 juillet 2012

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Immigration : les erreurs de Hollande

C’est l’un des paradoxes du nouveau pouvoir. Le ministère de l’Immigration créé par Nicolas Sarkozy  a disparu de l’intitulé des portefeuilles gouvernementaux. Mais il survit, en réalité, à l’alternance: les attributions confiées par le président Hollande au ministre de l’Intérieur font de lui un ministre de l’Immigration de plein exercice, comme l’était Brice Hortefeux en 2007. Manuel Valls a,  en effet, autorité sur tous les services administratifs compétents pour connaître du parcours d’un étranger  en France, depuis l’éventuelle demande de visa jusqu’à l’installation sur notre territoire, l’accès à la nationalité française ou, au contraire, le retour  vers le pays d’origine.

Si le ministère de l’Immigration  n’a pas été démantelé, il n’en est pas de même de la politique d’immigration.  Le ministre de l’Intérieur prétend concilier fermeté et humanisme.  Mais le président de la République cède, dans les faits, à la facilité et au conformisme des professeurs de vertu, qui nient la nécessité d’une politique  de régulation des flux migratoires.

Première erreur: l’abandon des objectifs de reconduite à la frontière, qui étaient jusqu’alors fixés à chacun des préfets. Ces objectifs respectaient parfaitement les droits des personnes, puisque chaque décision de reconduite à la frontière était toujours susceptible d’être contrôlée par un juge.  Et la fixation d’objectifs avait permis de renforcer l’efficacité de la lutte contre l’immigration illégale, en obtenant des résultats: de 2002 à 2011, ce sont plus de 225 000 étrangers en situation irrégulière qui ont été raccompagnés, de manière contrainte ou volontaire, dans le pays dont ils ont la nationalité. En renonçant à tout objectif chiffré,  le gouvernement envoie un signal de relâchement aux forces de l’ordre et un message de tolérance aux filières exploitant l’immigration illégale.

La deuxième erreur est peut-être involontaire mais elle paraît plus lourde encore. Le ministre de l’Intérieur, d’une voix assurée, affirme refuser une régularisation massive des clandestins. Mais ses services préparent, dans le même temps, une circulaire précisant les critères de régularisation.  Tous les praticiens le savent: de telles instructions vont immanquablement  se retourner contre leurs auteurs.  Car c’est une arme dans les mains  des groupes de pression qui veulent que la République, en s’excusant d’être elle-même, accueille sur son territoire tous les clandestins entrés en France par effraction, au mépris de nos lois.  Le gouvernement, dès lors, renoncera  à réserver l’attribution de cartes de séjour, au cas par cas, pour des raisons humanitaires. Il s’apprête, ainsi,  à créer un droit à la régularisation, qui n’est autre qu’une prime à l’illégalité. Les ex-clandestins devenus réguliers vont se compter par dizaines  et dizaines de milliers.

La troisième erreur est la plus regrettable, car c’est une injustice que rien ne justifie. Alors que le gouvernement demande à nos compatriotes de payer plus de 7 milliards d’euros d’impôts supplémentaires, il propose que les clandestins bénéficient désormais de soins totalement gratuits. L’aide médicale d’Etat (AME) coûte d’ores et déjà plus d’un demi-milliard d’euros, chaque année, au budget social  de la nation. Faut-il vraiment alourdir encore cette charge ? Pourquoi  les étrangers clandestins seraient-ils les seuls à être exonérés de toute participation financière ? C’est un manquement à la solidarité nationale. Et c’est aussi une puissante incitation  à l’immigration illégale.

La quatrième erreur est une faute  qui peut être réparée. Le président  de la République, pour l’heure,  ne semble pas avoir compris que la question des migrations doit être placée au cœur des discussions européennes  et internationales. À l’évidence, l’immigration n’est pas qu’une  affaire de police. Le lien entre  le développement des pays d’origine  et la capacité d’accueil de notre pays doit être abordé, à nouveau, au plus haut niveau de notre diplomatie.

Pendant les dix dernières années, les fonctionnaires des préfectures et des consulats, les policiers et les gendarmes se sont efforcés d’appliquer avec discernement les lois permettant  à la France de mieux choisir qui  elle souhaite accueillir sur son territoire. Le rocher, peu à peu, montait sur la colline. Il en tombe aujourd’hui. Dans la République  de François Hollande, les agents  de l’État sont de nouveaux Sisyphe.