« Le président ne peut pas dire aux Français : « bougez ou disparaissez! » » – Entretien du 10 novembre 2018

Le Figaro – 10 novembre 2018

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ENTRETIEN – Dans son nouvel essai Le coup d’État Macron, le Prince contre la nation, le député LR dresse un réquisitoire contre les méthodes de gouvernement de l’hôte de l’Élysée.

LE FIGARO.- Vous décrivez dans votre livre le macronisme comme un «nouvel absolutisme». À l’heure des Poutine, Erdogan et Bolsonaro, n’exagérez-vous pas en décrivant le pouvoir macroniste comme autoritaire?

Guillaume LARRIVÉ. – Comparer Macron à un autre président, parmi ses prédécesseurs immédiats ou les chefs d’État contemporains, n’est pas le plus éclairant. Le problème est d’une autre nature, bien plus grave: Emmanuel Macron se rêve en empereur-philosophe, à la manière d’un Marc-Aurèle, mais il se comporte plutôt comme Romulus Augustule, le dernier des Césars, un adolescent incapable d’assumer la plus haute charge publique lorsque l’Histoire redevient tragique et que les Barbares frappent à nos portes. Car la singularité du macronisme au pouvoir, dans la France de 2018, est celle d’un paradoxe destructeur pour notre pays: le faux fort est un vrai faible. Sous l’apparence du pouvoir absolu, la réalité macronienne est celle de l’impuissance de l’État. Ouvrons les yeux!

L’actuel président de la République joue au Prince absolutiste, effaçant le gouvernement derrière sa cour, fusionnant dans ses mains tous les pouvoirs de l’État, subordonnant le législatif à l’exécutif. Mais l’égocratie débouche sur la kénocratie: l’ego se noie dans le «kenos», c’est-à-dire dans le vide. Pourquoi? Parce que l’autorité de la République est piétinée chaque jour, dans tous les territoires de France, par des hors-la-loi qui sévissent en toute impunité. Rien n’est sérieusement engagé pour préparer l’avenir de la France, au moment où, sur la carte du monde, s’amplifient les menaces contre notre civilisation. Pendant qu’Emmanuel contemple Macron dans son miroir, la France continue à décliner, pour le malheur des Français.

LE FIGARO.- En quoi selon vous le «scandale Benalla» est-il révélateur de la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron?

Guillaume LARRIVÉ. – Cette misérable affaire a été le symptôme des dysfonctionnements élyséens. La triste vérité a été dévoilée: Emmanuel Macron agit, non pas en chef d’État, mais d’abord en chef de clan. Parce qu’il se méfie de l’État, il cherche à lui substituer un État-Macron, c’est-à-dire un réseau d’obligés: des courtisans dévoués à sa propre personne. Parce qu’il n’a vraiment confiance ni dans le corps préfectoral, ni dans la police nationale, ni dans la gendarmerie nationale, ni dans les autres corps constitués au cœur régalien de notre République, Emmanuel Macron y a placé quelques sbires ne rendant compte qu’à lui. L’étrange Benalla a été l’un d’entre eux, protégé et protecteur du système macronien qui règne aujourd’hui sur la France.

LE FIGARO.- L’élection au suffrage universel du président de la République est «le cœur du problème», soutenez-vous. Pourquoi?

Guillaume LARRIVÉ. – Comme député à l’Assemblée nationale, comme citoyen et comme patriote, je tiens évidemment au suffrage universel. Je n’oublie pas qu’il a été une conquête: c’est une liberté qui permet, théoriquement, la souveraineté des Français. Mais cette liberté est aujourd’hui dévoyée par l’illusion présidentialiste. Autrement dit: le problème n’est pas d’élire un président de la République, mais c’est de faire semblant de choisir tous les cinq ans un sauveur omniscient, un magicien omnipotent, comme si toute la délibération et toute la décision politiques pouvaient être miraculeusement concentrées, en un instant, dans sa personne. C’est une régression antidémocratique, qui conduit au principat que nous subissons aujourd’hui: un régime où le Prince n’écoute que ses propres désirs et où le culte de la personnalité provoque un vif ressentiment. Car il n’y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne: on peut très vite quitter le temple de Jupiter, pour finir condamné à être jeté dans le vide.

LE FIGARO.- Vous qualifiez Macron de fossoyeur de la Ve République. N’est-ce pas une facilité de plume?

Guillaume LARRIVÉ. – Emmanuel Macron n’est ni gaulliste ni gaullien. Il n’est pas le restaurateur de la Ve République originelle, celle du général de Gaulle et de Michel Debré. Il n’est que l’amplificateur de la funeste révision constitutionnelle de l’an 2000, qui a instauré le présidentialisme quinquennal. Et s’il parvient à ses fins, il deviendra le fossoyeur de la Ve, en accroissant jusqu’à l’absurde les travers du présidentialisme qui l’a créé. C’est tout l’enjeu, dans les mois à venir, des débats sur la révision institutionnelle. Car le Prince veut imposer une «Constitution Macron», pour affirmer encore son emprise personnelle sur notre République, en démolissant ce qui reste du Parlement. Ce serait, alors, un Requiem pour la Ve. Au contraire d’Emmanuel Macron, je plaide pour que nous revenions à l’esprit de 1958: un président qui préside, un gouvernement qui gouverne avec le concours et sous le contrôle d’un Parlement libre et solide.

LE FIGARO.- «Il se pense et agit comme le premier président post-national», écrivez-vous. Qu’entendez-vous par là?

Guillaume LARRIVÉ. – Le règne macronien fragilise l’État nation, sous l’effet de trois disgrâces idéologiques: l’européisme, le tribalisme et le transformisme. La première entrave l’État sans lui offrir le relais de puissance continentale dont nous avons pourtant besoin. La deuxième défait la France par l’immigration de masse, la démission devant l’islamisme et la division en communautés séparées. La troisième fragilise la nation en aggravant les clivages territoriaux et sociaux. «En marche, ou crève!», voilà l’injonction implicite du Prince à ses sujets: bougez vite ou disparaissez, dépêchez-vous de rejoindre le nouveau monde ou écartez-vous. Mais le peuple de France se réveille. Aujourd’hui, la fête princière est finie. La nation n’a pas dit son dernier mot. Et il nous faut préparer, dès maintenant, l’après-Macron. Je le dis comme secrétaire général délégué des Républicains: notre responsabilité, dans les trois ans qui viennent, est de définir sérieusement un projet de réconciliation nationale. C’est la mission de la droite nouvelle, pour que vive la France.