«Emmanuel Macron, ce nouveau Félix Gaillard» – Tribune du 4 janvier 2017

felix.jpgL’Opinion – 4 janvier 2017

La Révolution d’Emmanuel Macron (1) relève de l’antiphrase. Son livre aurait pu recevoir des titres moins attrayants mais sans doute plus fidèles. Ambition, bien sûr, car Emmanuel Macron n’en manque ni pour lui ni pour notre pays : lorsqu’il croise un miroir, il se dit que la France mériterait d’avoir pour chef un jeune homme aussi réussi. Modération, surtout, tant ces 238 pages baignent dans un clapotis d’eau tiède, où les bons sentiments dessinent des compromis raisonnables.

C’est la pensée correcte des plans en deux parties et deux sous-parties. I-A) Il y a un problème déjà ancien et I-B) les réformes esquissées jusqu’alors n’ont pas été suffisantes ; c’est pourquoi II-A) de vrais changements sont nécessaires et vous avez bien de la chance car j’ai la solution, mais II-B) n’allons pas trop loin quand même car, dans un monde-contemporain-de-plus-en-plus-complexe-et-en-pleine-mutation, nous devons rester fidèles aux valeurs-qui-sont-les-nôtres. C’est propre, c’est lisse, et c’est même souvent agréable à entendre. Mais est-ce utile ? En tout cas, ce n’est pas follement novateur. On se croirait revenus il y a soixante ans, aux riches heures du Parti radical.

Félix Gaillard est de retour ! En guise de projet pour 2017, Emmanuel Macron nous propose la couleur sépia de 1957. Cette année-là, la France avait un président du Conseil à peine âgé de 38 ans. Après avoir écrit dans des revues littéraires et collectionné les meilleurs diplômes, il avait fait ses gammes à l’inspection des finances et au cabinet de Jean Monnet, ébloui par le sujet : « Son intelligence et sa faculté d’assimilation exceptionnelle l’engageaient dans des raccourcis brillants et rapides. Il devait bientôt prendre celui de la politique, seul débouché pour son ambition impatiente et élevée » (1). Ses actions ministérielles révèlent les qualités d’un technicien modernisateur, initiateur de l’énergie atomique en France.

Lorsqu’il accède à la présidence, Félix Gaillard constitue un gouvernement de modérés, fédérant radicaux, socialistes, démocrates-chrétiens et indépendants, n’excluant qu’extrêmes communistes et poujadistes. Il ne manque pas d’idées solides (le choix européen, le sérieux budgétaire). Bien plus lucide que la plupart des notables de la IVe République finissante, il conçoit un projet de révision constitutionnelle pour donner plus d’efficacité au pouvoir exécutif. Mais il s’embourbe en Afrique du Nord.

Faute d’aptitude à diriger les armées, le président Gaillard subit les initiatives malheureuses de l’aviation française, qui bombarde des femmes et des enfants dans un village de Tunisie, attaquant ainsi un pays indépendant. Le président des États-Unis, le général Eisenhower, impose alors à la France une mission de bons offices qui humilie notre pays. L’Histoire est tragique, Félix Gaillard n’y était pas suffisamment préparé : cette faute l’a fait chuter.

Mendès France dénonçait, sous le brio du président Gaillard, « un queuillisme juvénile ». Le parallèle est frappant, quand l’on se souvient que, d’un Corrézien à l’autre, François Hollande est l’héritier du bon docteur Queuille. N’est-ce pas aussi l’essence du macronisme : un hollandisme juvénile ?

Au risque de surprendre, je ne crois pas que cela soit le principal problème. L’ardeur avec laquelle Emmanuel Macron piétine François Hollande démontre qu’ils ne sont pas faits du même bois. Et la distance à laquelle il tient les notables radoteurs du PS est assez rafraîchissante. Le macronisme vaut mieux que le hollandisme, c’est-à-dire mieux que rien.

Est-ce à dire qu’il est prêt, demain, à s’installer à l’Élysée ? Non. La vérité est qu’Emmanuel Macron n’est pas préparé à assumer la charge régalienne de l’État. L’intelligence souriante, l’allure élancée et le goût pour l’économie ne suffisent pas à diriger une Nation éprouvée par des ennemis islamistes qui veulent nous détruire. L’époque impose un chef de guerre dont Macron n’est pas le nom.

Guillaume Larrivé, député LR de l’Yonne, publiera Insoumission. Pour que vive la nation (Plon) le 12 janvier.

(1) : Emmanuel Macron, Révolution, XO Editions.

(2) : Jean Monnet, cité in Benoît Yvert, Premiers ministres et présidents du Conseil depuis 1815 (Perrin).

 

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