« Une refondation sécuritaire est nécessaire » – Entretien du 3 novembre 2015

Interview de Guillaume Larrivé – Le Figaro – 3 novembre 2015

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LE FIGARO. – Les Républicains proposent la création d’un ministère de la Sécurité en intégrant l’administration pénitentiaire et les douanes au ministère de l’Intérieur. A quelles fins ?

Guillaume LARRIVÉ. – La mission des Républicains, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, est d’être le parti des solutions pour les Français. Notre devoir est de gagner à la fois la guerre contre le terrorisme islamiste et les batailles pour la sécurité quotidienne. Pour cela, une refondation sécuritaire est nécessaire, avec de nouveaux instruments juridiques et une nouvelle organisation opérationnelle. Cela passe par la création, place Beauvau, d’un vrai ministère de la sécurité intérieure, pilotant les 147 000 policiers et les 97 000 gendarmes, mais aussi les agents des douanes et les surveillants pénitentiaires. L’administration pénitentiaire doit devenir une force de sécurité intérieure à part entière, au cœur du système de protection des Français. Elle a pour première mission d’exécuter les peines. Et elle doit disposer d’un service spécialisé intégré à la communauté du renseignement.

LF – Xavier Bertrand a proposé de fusionner tout simplement ministère de l’Intérieur et de la Justice. En quoi votre solution est-elle plus efficace ?

GL – Pour que l’Etat de droit soit fort, il faut que chacun assume sa mission sans confusion. L’autorité judiciaire et les forces de l’ordre poursuivent un même objectif de protection de la société. Mais elles relèvent de logiques juridiques et organiques distinctes. L’indépendance de jugement, propre aux magistrats, implique qu’ils n’obéissent pas au ministre de la police.

LF – Comment construire 20 000 places de prison, comme vous le proposez, alors que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy seulement 6000 ont été créées ?

GL – Nous constatons que, depuis 2012, la situation s’est beaucoup dégradée. La sécurité quotidienne des Français a reculé et des terroristes nous ont déclaré la guerre. Plus que jamais, il faut assumer un effort national pour renforcer notre capacité d’action régalienne. Cela nécessitera de faire des choix budgétaires et de définir des priorités. Le parc pénitentiaire en est une. Aujourd’hui, le premier problème n’est pas la surpopulation mais la sous-capacité carcérale. Nous disposons de seulement 57 000 places pour 67 000 détenus, alors qu’il y a 77 000 places en Allemagne et 97 000 au Royaume-Uni. Il est absolument indispensable que les peines, prévues par le législateur et prononcées par l’autorité judiciaire, soient exécutées avec rigueur et certitude. La construction d’au moins 20 000 places supplémentaires permettra d’assurer cette mission. Cet effort est d’autant plus nécessaire que nous voulons mettre fin aux aménagements systématiques des courtes peines de prison et à toutes les réductions automatiques de peine.

LF – Faut-il dès lors supprimer le juge d’application des peines ?

GL – La question reste en débat parmi Les Républicains. Nous l’évoquerons lors d’une prochaine journée de travail, relative à la justice.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Garat