« Je propose un plan de retour volontaire » – Entretien du 20 juillet 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 20 juillet 2015VA

Droit des étrangers. Le projet de loi portant sur les droits des étrangers entre en discussion ce lundi à l’Assemblée nationale. Pour Guillaume Larrivé, l’orateur des Républicains dans l’hémicycle, « Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. » Entretien.

VA. Le gouvernement cherche-t-il à cacher son projet, en décidant d’inscrire ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale à la fin du mois de juillet, juste avant les vacances ?

Guillaume Larrivé. Ce n’est pas le problème principal. L’Assemblée nationale siège en session extraordinaire. Les députés ont le devoir de travailler. Ceux qui sont déjà en vacances assument-ils vraiment le mandat qui leur a été confié par le peuple français ?

Notre mission, c’est de combattre les socialistes dans l’Hémicycle, pas de faire des pâtés de sable au bord de la mer !

Il est tout à fait possible de débattre d’un projet de loi au mois de juillet et de prendre quelques jours de vacances au mois d’août. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le gouvernement profite de la faiblesse parlementaire pour essayer de faire adopter son texte en catimini.

VA. Sur quoi vous fondez-vous pour dénoncer le fait que l’immigration légale ne cesse de progresser en France depuis trois ans ?

Guillaume Larrivé. J’ai lu attentivement les derniers chiffres du ministère de l’intérieur. Dans les trois dernières années, tous les indicateurs démontrent l’augmentation massive de l’immigration vers la France. Le nombre total de visas délivrés par les ambassades et les consulats a augmenté, en trois ans, de +32%. Sur la même période, le nombre des visas d’immigration permettant une installation durable en France, c’est-à-dire les visas de long séjour, a augmenté de +6,1%. Le nombre de cartes de séjour délivrées par les préfets, c’est-à-dire le nombre d’installations légales en France, a augmenté de +8%. Parmi ces admissions au séjour, l’immigration familiale, qui représente près de la moitié des flux, a augmenté de +13,3%. Le regroupement familial stricto sensu a augmenté de +55%.

Parallèlement, le nombre d’étrangers en situation illégale, c’est-à-dire le nombre de clandestins, ne cesse lui aussi d’augmenter. On le voit à l’échelle du continent, puisque l’immigration clandestine explose aux frontières extérieures de l’Europe : 137 000 immigrés ont traversé la Méditerranée au premier semestre 2015. Le dernier rapport de l’agence FRONTEX montre que les entrées clandestines en Europe ont augmenté de +180% au premier trimestre 2015 par rapport à 2014. Et l’augmentation de l’immigration clandestine en France est, hélas, une évidence. On peut l’évaluer en comptabilisant le nombre de bénéficiaires de l’AME, qui a augmenté de +35%. Et l’on sait que les détournements du système d’asile sont devenus une machine à fabriquer près de 50 000 clandestins supplémentaires chaque année.

Pendant que l’immigration augmente, l’intégration recule. Il faut lire l’étude publiée par l’OCDE voici quelques jours.

Le taux d’emploi des immigrés récents, arrivés depuis moins de cinq ans en France, est inférieur de près de 25 points à celui des personnes nées dans notre pays, contre 12 points en moyenne en Europe. 43% des immigrés d’âge actif (contre 29% dans l’OCDE) ne sont pas ou sont peu diplômés. C’est aussi le cas de 23% des jeunes nés en France et ayant deux parents immigrés, contre 12% dans l’OCDE. En France, 43% des immigrés d’âge actif sont sans emploi. Voilà la triste réalité !  Le chaos migratoire produit du désespoir.

VA. Dans ces conditions, la France peut-elle encore  se permettre de favoriser l’accueil d’immigrés sur son sol ?

Guillaume Larrivé. Il faut une vraie rupture, car la France de 2015 est traversée par de graves tensions. Le marché du travail est bloqué : dans l’histoire contemporaine de la France, il n’y jamais eu autant de chômeurs qu’aujourd’hui. Les finances publiques sont très contraintes : pour la première fois depuis 1945, la dette publique tangente les 100% de la production nationale. Le système éducatif est en panne : notre pays recule dans les classements internationaux. L’ascenseur social est arrêté : les Français sont menacés par le déclassement et craignent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. La sécurité nationale est menacée : le terrorisme islamiste cible notre pays, qui n’est pas à l’abri des désordres du monde. Et le sentiment national est devenu très incertain. Les revendications et les pratiques communautaristes s’affirment. Des quartiers entiers, livrés à des chefs de clans, dérivent en marge de la République.  La communauté nationale s’interroge sur elle-même et, plus encore, sur les institutions politiques qui dirigent l’Etat. Les Français doutent de notre capacité collective à poursuivre l’Histoire de France et à rester maîtres de notre destin.

De ce malaise national, l’immigration massive n’est évidemment pas la seule responsable. Mais ce qui est irresponsable, c’est de penser que l’immigration doit encore augmenter !

VA. Ne faut-il pas casser la vision angélique selon laquelle la France a besoin d’immigrés et que nos traditions doivent nous conduire à continuer d’en accueillir toujours davantage ?

Guillaume Larrivé. L’idéologie de l’ouverture totale est absurde. Et elle est dangereuse, car elle est dominante dans l’expression publique. Je veux la nommer, en reprenant les mots très justes qui sont ceux de Pierre-André Taguieff. Cette idéologie de l’ouverture totale, c’est « l’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants ». Les immigrationnistes postulent que l’immigration est, en soi, toujours une chance pour la France. Et puisque ces dévots regardent l’immigration comme toujours positive, puisqu’elle est, à leurs yeux, non seulement inéluctable mais souhaitable, puisqu’elle va dans le sens de l’histoire, il est littéralement impensable de ne pas l’accepter comme un progrès. L’immigrationnisme est un angélisme qui voue aux gémonies toute interrogation, toute préoccupation, toute réflexion et donc toute action sur les flux d’immigration. Si l’immigration est en soi un bien, vouloir l’organiser, vouloir la maîtriser, vouloir la réguler serait déjà un mal. Et vouloir la réduire serait un mal absolu, renvoyé devant le tribunal de la pensée incorrecte. Les immigrationnistes, eux, ont les mains propres, parce qu’il n’ont pas de mains : ils sont à l’image de ceux que Charles Péguy disait des kantiens, ils refusent de s’atteler au réel, ils préfèrent rester dans les nuées. Et cette fausse générosité produit évidemment des drames : les immigrés eux-mêmes sont aussi les victimes de l’immigrationnisme. Combien s’entasseront dans des logements insalubres, victimes des marchands de sommeil ? Combien seront relégués dans des quartiers-ghettos, privés d’avenir ? Combien rejoindront les rangs des chômeurs, sans maîtrise de la langue française et sans formation ? Combien se verront refuser l’accès au marché du travail légal, condamnés à vivre ou survivre de l’assistance sociale et de petits trafics ?

Ma conviction est qu’il faut rompre avec cette idéologie immigrationniste, pour adopter une approche plus réfléchie, plus rationnelle, plus responsable, plus réaliste, conforme à l’intérêt national.

La vérité, c’est que la France a le droit de choisir qui elle souhaite accueillir sur son territoire. La France a le droit de refuser qui elle ne souhaite pas accueillir sur son territoire. La France a le droit de définir et de mettre en œuvre une politique de diminution de l’immigration conforme à l’intérêt national, c’est-à-dire à l’intérêt des Français.

VA. Vous êtes en pointe contre le projet de loi présenté par le gouvernement. Que dénoncez-vous ?

Guillaume Larrivé. Le gouvernement de François Hollande fait très exactement le contraire de ce qui serait une politique d’immigration conforme à l’intérêt national. Ce projet de loi est un contre-sens, aggravé par les amendements des députés de la majorité. Les socialistes vont, d’abord, augmenter encore l’immigration vers la France, en multipliant les facilités d’obtention des diverses cartes de séjour, comme si l’urgence était d’accélérer l’entrée en France de nouveaux flux d’immigrés. Ils vont, ensuite, compliquer les retours des clandestins vers leurs pays d’origine, en rendant plus difficile le travail des préfets et des policiers, en empêchant le placement et le maintien dans les centres de rétention administrative qui permettent l’éloignement effectif des étrangers en situation illégale.

Les socialistes refusent, enfin et surtout, d’aborder les vrais sujets qui permettraient de rompre avec le chaos migratoire.

VA. Vous allez défendre 60 amendements. Que proposez-vous ?

Guillaume Larrivé. Une rupture totale avec les pratiques actuelles me semble absolument nécessaire. La première rupture, c’est celle qui consistera à définir des plafonds d’immigration, c’est-à-dire des contingents limitatifs. Je propose que l’Assemblée nationale ait le pouvoir de décider, chaque année, du nombre d’étrangers admis à immigrer en France. Ces plafonds s’appliqueront à chacune des catégories de séjour – à l’exception des réfugiés politiques qui relèvent d’une autre logique, celle de l’asile. Ainsi, le regroupement familial sera contingenté – ce qui suppose, évidemment, parallèlement de supprimer les dispositifs légaux de « rapprochement familial des clandestins », qui consistent, contre toute logique, à légaliser les contournements de la procédure de regroupement familial.

La deuxième rupture sera de conditionner l’autorisation d’immigrer en France à la capacité d’intégration à la société française, qui doit être vérifiée dans le pays d’origine. Il ne faut pas attendre l’installation en France pour tenter vainement, à grand renfort de dépenses publiques, de faciliter l’intégration de personnes qui n’en ont malheureusement pas la capacité. C’est avant la délivrance des visas de long séjour, et comme condition de leur obtention, que le candidat à l’immigration doit faire la preuve de sa capacité d’intégration à la société française. L’étranger devra justifier d’une connaissance suffisante de la langue française, adhérer aux valeurs essentielles de la société française et apporter la preuve de sa capacité à exercer une activité professionnelle, ou, s’il n’envisage pas de travailler en France, de son autonomie financière.

La troisième rupture consistera à revoir les conditions dans lesquelles les étrangers en France accèdent aux prestations sociales. Un étranger qui exerce le même travail et verse les mêmes cotisations salariales qu’un Français doit avoir accès à la même assurance sociale, pour le protéger des risques liés aux accidents du travail, au chômage, à la maladie et à la vieillesse. Mais un étranger tout juste arrivé en France n’a pas à bénéficier de prestations sociales financées par l’impôt de personnes qui résident en France de longue date. C’est pourquoi je propose, en particulier, de restreindre l’accès aux allocations familiales et au logement social, en le conditionnant à au moins cinq années de résidence légale en France.

La quatrième rupture permettra de faciliter le retour des clandestins dans leurs pays d’origine. La naïveté des amendements socialistes fera plaisir, hélas, aux passeurs et aux trafiquants qui exploitent la misère des quelque 400 000 ou 500 000 clandestins installés en France. Ma conviction est qu’il faut faciliter l’utilisation des centres de rétention administrative, en faisant passer la durée maximale de rétention de 45 à 180 jours. Dans des pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, cette dernière est illimitée. Elle est de 18 mois en Allemagne. Six mois, c’est un délai minimum pour organiser, avec tous les pays d’origine, les retours de leurs ressortissants.

Je propose, parallèlement, d’expérimenter un plan de retour volontaire vers les pays en voie de développement, dans le cadre d’accords à négocier avec les Etats des pays d’origine selon un principe simple et clair : « pas de visas et pas d’aide publique au développement sans retour des clandestins ».

VA. Est-ce que le droit de la nationalité doit lui aussi être revu ?

Guillaume Larrivé. Oui, je crois nécessaire de revoir les conditions d’accès à la nationalité française, pour renforcer la cohésion de notre communauté nationale, en donnant toute sa force au principe d’assimilation qui a été inscrit dans le code civil lors de la refondation de la République, en 1945.

Il faudra, d’abord, abroger la circulaire de Manuel Valls qui a donné instruction à l’administration d’augmenter le nombre des naturalisations. Le pouvoir socialiste a commis là encore un contre-sens, en prétendant que la naturalisation facilite l’intégration, alors qu’elle doit être, au contraire, le résultat de l’assimilation.

Il me semble nécessaire, en outre, de faire évoluer le « droit du sol » vers ce que j’appelle  le « devoir du sol ». Aujourd’hui, le « droit du sol » permet à tous les étrangers nés en France de devenir Français, même s’ils ne le veulent pas, même s’ils sont clandestins, même s’ils commettent des délits, même s’ils s’enferment dans le communautarisme et refusent toute assimilation à la communauté nationale. Avec le « devoir du sol », demain, l’étranger né en France ne deviendra Français, à 18 ans, que s’il assume son devoir envers la République française. Son devoir, c’est d’abord d’affirmer clairement la volonté d’être Français. Son devoir, c’est aussi de respecter les lois et les valeurs de la République. Ce « devoir du sol » s’appliquerait partout en France (en métropole comme en outre-mer) et pour tous les étrangers (les Européens comme les ressortissants des pays tiers).

Ma conviction est que ces questions doivent être examinées sérieusement. Le débat sur l’immigration doit être libéré du carcan politiquement correct !