« L’ordre républicain est le rempart de nos libertés » – Tribune du 12 février 2015

Tribune de Guillaume Larrivé – L’Humanité – 12 février 2015
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L’ordre républicain est le rempart de nos libertés
Comme membre du Conseil d’État hier, et comme député à l’Assemblée nationale aujourd’hui, j’aime relire la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. D’une plume claire et précise, les publicistes de la Révolution française ont su dire l’essentiel. Quel est « le but de toute association politique » ? « La conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme », parmi lesquels : « la sûreté ». Et puisque « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », « l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. » Parmi ces libertés, « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme » ; mais tout citoyen peut devoir « répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
Tout est dit : la sécurité est au cœur même des missions de l’État ; les libertés des uns sont limitées par celles des autres, dans un cadre fixé par le législateur.
Nous n’avons pas à nous excuser, en 2015, de rester fidèles aux principes définis dès 1789. Ils sont d’une parfaite actualité à l’heure où notre pays doit se défendre face aux attentats organisés par l’ennemi qui nous a déclaré la guerre. Cet ennemi, c’est l’islamisme radical armé, qui veut détruire, par la terreur la plus barbare, notre société démocratique. La France est une cible, parce que nous incarnons tout ce que l’ennemi veut abattre : la liberté de pensée, de communication et de contestation, l’égalité entre les femmes et les hommes, la fraternité, la laïcité, et, au fond, un art de vivre, une certaine idée de la civilisation.
Les ennemis de la liberté utilisent la liberté contre elle-même : la liberté d’aller et de venir, la liberté d’expression sont menacées par ceux-là même qui en abusent, ceux qui ont rejoint les théâtres d’opérations djihadistes, ceux qui veulent commettre des attentats sur notre sol national, ceux qui recrutent, endoctrinent, manipulent des esprits faibles en diffusant leur poison dans certaines mosquées, sur les réseaux d’internet et dans les prisons.
Pour protéger ce que nous sommes, notre meilleure arme reste l’État de droit. Il doit être fort ! Si l’Etat de droit est faible, il n’est plus l’État et il n’y a plus de droit. Si l’État de droit démissionne, c’est la jungle djihadiste qui l’emportera.
Loin de réduire nos libertés, nous devons les affirmer et les sauvegarder contre ceux qui, précisément, veulent les détruire.
Il faut, pour cela, appliquer avec rigueur les lois actuelles. Nous ne partons pas de rien. Les services du ministère de l’intérieur et l’autorité judiciaire disposent d’ores et déjà d’un arsenal préventif, mais aussi répressif, très solide – qui a été voté malgré l’opposition ou l’abstention des députés socialistes et communistes de l’époque – issu de la loi Pasqua de 1986, de la loi Debré de 1996 et de la loi Sarkozy de 2006. La droite a été responsable en votant, en décembre 2012 et en novembre 2014, deux lois complétant cet arsenal législatif.
S’il faut amender aujourd’hui cet édifice juridique, ce n’est ni pour céder à l’émotion ni pour se livrer à une triste surenchère. La vérité est que nous devons adapter notre réponse aux mutations technologiques et opérationnelles de la menace islamiste. Oui, nous devons inventer une régulation d’internet pour lutter contre les prêcheurs de haine qui détournent cet espace de liberté. Oui, nous devons donner à nos services de renseignement les moyens administratifs, judiciaires et pratiques permettant de mieux identifier et de mieux cibler les individus qui veulent détruire la France. Oui, nous devons travailler avec nos alliés européens, américains et canadiens pour exploiter intelligemment les données relatives aux passagers aériens.
Il y a urgence. C’est au Parlement qu’il revient, sans plus attendre, de renforcer l’État de droit pour mieux protéger nos libertés. Et vaincre les terroristes qui veulent les anéantir.