« Pour une refondation sécuritaire, pénale et pénitentiaire » – Entretien du 29 octobre 2015

Entretien avec Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 29 octobre 2015

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«  Les criminels et les délinquants récidivistes les plus dangereux doivent être enfermés à vie ».

Pour mettre un terme au délitement de la force publique, le député (LR) de l’Yonne prône une refondation sécuritaire, judiciaire et pénale.

Que vous inspirent les événements qui viennent de se produire à Moirans ? Comment expliquez-vous que l’autorité publique puisse être à ce point bafouée ?

L’autorité de l’État est piétinée. Pourquoi ? Parce que le gouvernement se couche, aujourd’hui, face à ceux qui méprisent nos lois, qui défient la police et qui ne craignent pas la justice. A Moirans, une horde a osé brûler 35 voitures et arrêter 125 trains. Ces gens ont parfaitement compris qu’ils n’avaient rien à redouter puisque, deux mois après le blocage de l’autoroute A1 à visage découvert par une soixantaine d’individus, aucun d’entre eux n’a été interpellé. Et ils osent se pavaner en donnant des interviews télévisées pour expliquer qu’ils sont, eux, les victimes de la société ! C’est l’effet Leonarda : quand le pouvoir n’exerce pas le pouvoir, l’espace public est envahi par des crapules, en toute impunité.

Les expressions « zones de non-droit », « territoires perdus de la République » vous semblent-elles décrire correctement la réalité de ce qui se passe sur le terrain ?

C’est la stricte vérité. Des territoires entiers sont désormais régis par la loi de la jungle. Quand l’État de droit est faible, il n’est plus l’État et il n’y a plus de droit. Des centaines de milliers de Français, chaque jour, ont peur d’être agressés par des individus qui agissent en chefs de clans. Des femmes sont violentées par des caïds. Des adolescents sont menacés par des trafiquants de drogue. Des commerçants sont rackettés par des bandes armées. Pendant ce temps, la garde des Sceaux récite des poèmes et le Premier ministre fait semblant de gouverner.

Si la reconquête de ces territoires est nécessaire, est-elle encore possible après tant d’années de renoncement ?

Oui, à condition de faire preuve de sang-froid, d’expérience et de sérieux. Car l’enjeu est immense : il s’agit de rebâtir l’État de droit, du sommet jusqu’à la base. Il ne suffira pas d’abroger les funestes lois pénales de Madame Taubira pour réparer les dégâts causés par l’idéologie socialiste. Il faudra, aussi, tirer les leçons de l’action conduite par la droite lorsqu’elle a exercé le pouvoir, avec ses succès et ses limites. La place Beauvau, notamment, doit être à nouveau dirigée, chaque jour, par un chef respecté, qui précise les missions, fixe des objectifs précis, donne des moyens technologiques et juridiques modernes, reconnaît les efforts de ses troupes et sait les défendre. Nous devrons, dans le même temps, nous appuyer intelligemment sur d’autres acteurs territoriaux : je pense aux maires et aux polices municipales bien sûr, mais aussi aux professionnels de la sécurité privée. Enfin et surtout, nous devrons réussir à mobiliser l’ensemble de l’autorité judiciaire, par un effort sans précédent. Je plaide pour une vraie refondation sécuritaire, pénale et pénitentiaire.

Comment pourriez-vous définir et mettre en œuvre une politique judiciaire, alors que les juges sont indépendants ?

Les 9 000 magistrats, du siège comme du parquet, doivent être respectés et reconnus pour ce qu’ils sont. Ils assument une mission éminente, qui consiste à sauvegarder nos libertés et à protéger notre société. L’indépendance de la justice, ce doit être l’indépendance du jugement, c’est-à-dire l’absence de préjugé et l’exigence de discernement. Cette vertu ne saurait être confondue avec l’existence d’un pseudo-pouvoir qui ne rendrait aucun compte, qui serait livré à lui-même et qui agirait comme un contre-pouvoir politique. La justice s’exerce au nom du peuple français. A cette fin, les juges exercent une autorité déléguée par le Constituant et le législateur. Il est donc indispensable que l’autorité judiciaire applique les choix de la Nation. Les peines doivent être prévues, prononcées, exécutées, avec rigueur et certitude. Ma conviction est que les criminels et les délinquants récidivistes les plus dangereux doivent être et peuvent être définitivement mis hors d’état de nuire en étant enfermés à vie, c’est-à-dire condamnés à la perpétuité réelle.

Vous venez d’effectuer un travail d’investigation dans les prisons. La répression pénale que vous préconisez pourrait-elle être appliquée alors que les prisons sont déjà surpeuplées ?

Le premier problème n’est pas la sur-population mais la sous-capacité carcérale. Il y a aujourd’hui, dans les 187 prisons françaises, 66 864 détenus pour 57 759 places seulement, contre 77 243 places en Allemagne, 77 895 en Espagne et 97 260 au Royaume-Uni. Il est indispensable d’engager, au plus vite, un programme de construction d’au moins 20 000 places de prison supplémentaires. Je plaide, en outre, pour une organisation nouvelle. Je propose que l’administration pénitentiaire relève désormais de l’autorité du ministre de l’intérieur, aux côtés du corps préfectoral, de la police et de la gendarmerie, comme une force de sécurité intérieure à part entière. Cette transformation faciliterait, en particulier, son intégration juridique et opérationnelle à la communauté du renseignement.

A ce sujet, les prisons sont-elles adaptées aux défis du terrorisme islamiste qui cible la France ?

Il y a actuellement 213 individus détenus pour des faits de terrorisme en lien avec l’islamisme. Mais, dans les trois dernières années, 56 terroristes condamnés ont fait l’objet de libération anticipée. Ce n’est pas raisonnable. Il faut, de toute urgence, durcir le quantum des peines et leurs modalités d’exécution. Nous n’avons pas à nous excuser de vouloir enfermer durablement les terroristes qui veulent nous détruire. Et nous devons les incarcérer selon un régime dérogatoire, non seulement pour les séparer des autres détenus, mais aussi pour les isoler les uns des autres. C’est pourquoi j’appelle Christiane Taubira à suspendre son projet de regroupement, en janvier 2016, de 28 détenus terroristes à Lille-Annoeullin : ce serait une folie de créer demain, en prison, les conditions de formation d’un groupe de combat.