« Demain, la guerre civile ? » – Tribune du 14 mars 2013

Tribune de Guillaume Larrivé – Valeurs actuelles – 14 mars 2013

TribuneGuerreCivileLe but de la société politique, c’est la paix civile. Il serait illusoire de la croire acquise à jamais. Car la France souffre aujourd’hui de trois maux d’une extrême gravité.

La première menace est celle d’un effondrement économique. La richesse nationale est accaparée par les dépenses publiques, qui s’élèvent désormais à 56% du PIB : toute la valeur créée par les entreprises pendant 204 jours, du 1er janvier au 23 juillet, est redistribuée par l’État, la sécurité sociale et les collectivités locales. Pour continuer à financer cette redistribution vorace (supérieure de 11 points de PIB à celle de l’Allemagne), la France est devenue le vice-champion du monde des prélèvements obligatoires. Notre pays est dévoré par la passion de l’égalité, qui nourrit la créativité et l’instabilité fiscales. La majorité de l’Assemblée nationale ne craint pas d’approuver la spoliation de certains de nos concitoyens, les condamnant à une sorte de bannissement social. Et lorsque le Conseil constitutionnel censure la folie taxatrice, le chef de l’État ne trouve rien de plus urgent que de persévérer. L’aphorisme des shadoks (« plus cela rate, plus cela a une chance de réussir ») vaut instruction à Bercy. De mois en mois, la France, homme malade d’une Europe en déclin, s’enfonce dans la croissance zéro et le chômage de masse. L’appauvrissement des Français devient, hélas, une réalité.

Le deuxième mal français est d’une autre nature : la radicalisation communautariste. La communauté nationale d’hier (« j’ai les mêmes devoirs et les mêmes droits que les autres citoyens français ») cède la place aux communautés spéciales d’aujourd’hui (« j’exige tous les droits parce que je suis différent »). Cette régression prépare l’extinction des Lumières. Elle alimente les revendications de minorités que le gouvernement du moment s’empresse de satisfaire, au nom d’un progressisme dévoyé qui glorifie les particularités. Ce faisant, l’Etat se soumet à de nouveaux cléricalismes. Ainsi, le président de la République publie un communiqué fêtant l’Aïd al Adha, mais il s’interdit de le faire à Noël, tant la haine de soi va de pair avec l’acceptation du communautarisme. La même logique est à l’œuvre lorsque les socialistes, en jouant avec l’idée du droit de vote des étrangers, semblent souhaiter que des communautés littéralement extérieures à la nation puissent pourtant participer, demain, à la délibération et la décision politiques.

Le troisième des maux dont souffre la France est le plus préoccupant : l’impuissance publique. Elle gangrène tous les lieux de pouvoir, de la base au sommet. Cette impuissance est subie par les élus des petites collectivités locales et les agents territoriaux de l’État, accablés par le poids des normes bureaucratiques et empêtrés dans une organisation administrative multipliant les lieux d’indécision. Mais cette même impuissance publique paraît presque choisie, à la tête de l’État, dans les mains d’un homme aux synthèses incertaines. Les palinodies partisanes rythment le quotidien de l’agenda gouvernemental, qui tire à hue et à dia, ici pour complaire aux Verts, là pour satisfaire les différents courants du PS. « Ni pour, ni contre, bien au contraire ! » est le mot d’ordre de l’exécutif, sur des questions de première importance : on l’a vu hier à propos des nationalisations dans l’industrie, on le constate aujourd’hui avec le débat sur la procréation médicalement assistée pour les couples de même sexe.

Mais il y a bien pire que ces hésitations, ces flottements, ces renoncements. Dans son cœur régalien, le pouvoir est veule. L’allure pragmatique du ministre de l’intérieur est un leurre qui ne masquera pas longtemps la faiblesse générale des pouvoirs publics face aux criminels et aux délinquants. La mobilisation déterminée des policiers et des gendarmes se heurte à tant d’obstacles. L’autorité judiciaire, malgré la valeur professionnelle de nombreux magistrats, ne parvient pas à réprimer et à dissuader les atteintes aux personnes, qui augmentent continûment. Le code pénal est parfois un sabre de bois. Et l’éducation nationale, en dépit du dévouement des professeurs, fait le lit d’une certaine délinquance lorsqu’elle échoue à donner à des centaines de milliers de jeunes gens une formation utile à leur insertion professionnelle.

Pendant ce temps, la classe politique se complaît trop souvent dans des querelles subalternes. Le petit théâtre des ombres, sur les plateaux de télévision, joue une pièce médiocre.

Qui parcourt la France, dans les villes, les banlieues comme les campagnes, perçoit les ferments de la désespérance. La conjonction de l’effondrement économique, de la radicalisation communautariste et de l’impuissance publique peut être le terreau d’une nouvelle violence, qui ne serait sans doute pas une guerre civile, mais qui ne serait plus la paix civile. Les émeutes de l’automne 2005, trop vite oubliées, en sont peut-être le premier acte. Un élément menace de s’y ajouter : l’importation, en France, d’une ultra-violence terroriste, qui serait le fait de nouveaux Merah entraînés à nos portes.

François Hollande, hier candidat à la fonction politique suprême, promettait de réenchanter le rêve français. Sa présidence somnolente, aujourd’hui, pourrait précipiter la France dans un triste cauchemar. Il est grand temps de se réveiller, en proposant aux Français un chemin de courage.

C’est la responsabilité de l’opposition que d’y préparer lucidement notre pays.